Tribulations d’un consultant formateur en France …

Photo : Patrick Drouin

Photo : Patrick Drouin

 

Tous les consultants formateurs indépendants le savent : suite à la réforme du 6 mars 2014, les organismes de formation ont perdu beaucoup de contrats ; entreprises attentistes, incompréhension et inadaptation du CPF, manque de lisibilité sur l’action exacte du CEP …

Beaucoup d’organisations n’y comprennent rien. Les salariés, chômeurs, jeunes, séniors, apprentis … ne voient pas l’intérêt, s’en fichent, n’en font pas une priorité. Combien se sont inscrits sur http://www.moncompteformation.gouv.fr ?

Plusieurs de mes confrères et en particulier par la voix du SYCFI (Syndicat des Consultants Formateurs Indépendants) ont dénoncé le problème en haut lieu. Plusieurs gros centres de formation ont été pointés du doigt pour avoir baissé d’autorité de 30% les honoraires de leurs formateurs et certains petits organismes ont d’ores et déjà mis la clé sous la porte.

Dans un contexte de 3,5 millions de chômeurs, voilà une mesure pour le moins … radicale.

Je ne vais pas ajouter au débat. Simplement vous raconter quelques anecdotes qui illustrent à quel point la situation est tendue et combien les consultants formateurs sont fragilisés par leur statut ou plutôt leur manque de statut. Je vous laisse deviner, parmi les diverses situations, celle à laquelle j’ai personnellement été confrontée.

En effet, au-delà de ce changement radical de paradigme en termes de formation, on peut dire que les organismes de formation eux-mêmes auraient des progrès à faire en matière d’étiquette et de rigueur.

Situation n° 1 :
Un OF demande à une consultante de bloquer 6 journées en juillet. Ce qu’elle fait volontiers, chiffre d’affaire en jeu de 3 600 euros. Entre-temps elle refuse un certain nombre de missions car la parole donnée prime lorsque l’on est professionnel. 3 semaines avant la date des sessions, son correspondant l’appelle pour lui dire que les journées sont annulées faute d’un nombre suffisant de stagiaires. Il s’agit d’un organisme qui paie bien et ouvre ses stages dès qu’il y a 2 inscrits, donc qui n’hésite pas à travailler à perte. On voit bien que désormais l’effort de formation du côté des organisations s’effrite. Aucun dédommagement n’est prévu pour le formateur. Certes l’organisme de formation a un manque à gagner mais côté consultant, c’est un peu David contre Goliath.

Situation n° 2 :
Un consultant reçoit en avril une grille avec des intitulés de modules et des dates sur lesquels il est invité à se positionner. Mon confrère inscrit les dates sur lesquelles il peut intervenir. En prenant soin de demander au courtier (car ce n’est pas l’organisme en direct qui a fait la demande) de lui confirmer si oui ou non il doit considérer ces dates comme fermes.
Ne voyant pas de réponse venir, le consultant accepte d’autres missions sur la première série de dates prévues. Lorsque le courtier revient vers lui en lui confirmant que la première session, prévue pour octobre, est ouverte, mon confrère s’est engagé ailleurs, en l’absence de confirmation formelle. Le courtier lui reproche son manque de sérieux ; or l’organisme de formation, de son côté, ouvre la session uniquement quand il détient un quota d’inscrits. Pas de scrupule, dans le cas contraire, à dire au consultant « désolé, pas assez de monde ». Que doit faire le consultant ? Bloquer des dates qui restent aléatoires ? Au risque de perdre des commandes plus certaines ? Pourquoi serait-il la variable d’ajustement et pourquoi cela n’irait-il que dans un sens ?

Situation n° 3 :
Une formatrice s’engage sur une vingtaine de journées dans une école. Elle ne signe rien mais prend un engagement formel et elle est très rigoureuse. De son côté l’école ne donne aucune autre garantie qu’orale et lui signifie que la commande sera ferme le jour où il y aura suffisamment d’inscrits.
Entre-temps, la formatrice apprend que son fils développe un problème de santé préoccupant qui l’oblige à repenser son emploi du temps et l’environnement dans lequel elle souhaite voir vivre son fils, en l’occurrence en province, à la campagne, et à proximité de son père ; elle décide de se tenir éloignée quelque temps de la région parisienne pour s’occuper de son fils et lui offrir toutes les chances d’aller mieux.
Ennuyée malgré la situation personnelle compliquée qu’elle traverse, alors que les sessions ne commencent qu’en novembre, un peu de temps pour se retourner quand même, elle envoie à sa correspondante de l’école l’email suivant :

« Madame, de très gros soucis personnels me tiennent éloignée de Paris pour 6 mois au moins. En conséquence, il ne me sera pas possible d’assurer les cours que vous m’aviez proposés. J’ai pensé faire des allers-retours afin de les assurer quand même, mais la distance, 800 km, et le coût, rendent cette option irréaliste. Je suis désolée, mais croyez bien que je me serais passée des soucis qui me retiennent à R. Bien cordialement. »
Réponse de la responsable pédagogique :
« Rien que ça, chère Madame ? ».

Oui, voilà aussi une facette de la vie de consultant formateur. Que peut-on y faire ? Pas grand-chose. A un bout, trouver ses propres clients est chronophage, pas toujours à la portée du consultant employeur de soi, à l’autre bout nombre d’organismes de formation, et ceci est encore plus vrai s’ils passent par des courtiers, considèrent les consultants indépendants comme des variables d’ajustement, sans état d’âme, car ils ne sont pas salariés. En revanche, un consultant qui  se désiste, pour des raisons parfaitement légitimes puisque former est son gagne-pain, est rayé des cadres.

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