Au fait, quels sont les avantages à être freelance ?

Depuis 18 mois que j’ai créé mon activité, et je n’ai jamais été autant chassée pour le secteur marchand. Plusieurs fois. Pour certaines compétences « rares » dont par hasard je dispose. Par le biais de mon réseau. Pour m’associer à des projets. Pour partager mon savoir-faire. Par des chasseurs ayant pignon sur rue.

Alors que le chômeur n’intéresse personne, ce dernier se met en freelance, parce qu’il a quelques scrupules, ne veut pas vivre sur le commun, il redevient l’objet de convoitises.Et c’est tant mieux.

Pour le moment j’ai toujours dit non.

Photo Pascal Thénault

Photo Pascal Thénault

Quand j’en parle autour de moi on me dit : « tu es folle, que fais-tu de la sécurité, de la protection sociale, tu es inconsciente, tu as un enfant à charge. Accepte ». Entre autres.

Oui, en effet, pourquoi quand j’ai quitté mon dernier emploi de salariée avais-je autant la trouille de me mettre en entrepreneur de soi et pourquoi aujourd’hui ai-je la même crainte à revenir en situation de subordination ?

Quels sont les avantages de la « liberté » ?

  • la possibilité de faire un travail éthique, à savoir pouvoir adopter une posture en accord avec soi. Toujours. Sans compromis ni compromission
  • pas de comptes à rendre à une hiérarchie (si ce n’est le percepteur)
  • une importante autonomie procédurale
  • le choix de dire « m… » à un client qui ne vous vaut pas (je rigole) ou qui ne vous convient pas ou qui ne vous comprend pas (ça existe) ; à moins que ça ne soit le contraire
  • l’impératif de toujours se remettre en question, en tant qu’individu et en tant que professionnel
  • la conscience que rien n’est jamais acquis et que justement c’est ça qui est bien
  • la diversité des situations, des problématiques à traiter. Celles d’hier ne sont pas celles de demain, en plus. Ca force à une agilité sans faille
  • l’intérêt des rencontres très diverses, toujours enrichissantes
  • L’impératif de  toujours rester en veille, de s’informer, progresser, de garder le contact avec la réalité du terrain pour la transposer dans sa propre activité
  • l’agilité intellectuelle qui vous pousse dans un cercle vertueux
  • un excellent retour sur investissement en termes de connaissances

J’oubliais : la jouissance à se dire : « yes ! le client me demande autre chose, le client est content, le client revient ». Et puis en écho le plaisir de voir le compte en banque crédité de la somme négociée avec le client. Concrètement, une corrélation très étroite entre la qualité de votre travail et sa rémunération, aucun brouillage, un lien de cause à effet sans discussion possible. Le chemin est tout court, pas d’intermédiaire qui se sert au passage.

Et en même temps :

  • difficile d’avoir un weekend à soi car il y a toujours le client qui vous a commandé une mission à faire pour la veille et que vous ne voulez pas décevoir
  • difficile d’avoir la quiétude d’esprit car votre agenda est très chargé et il faut pourtant du temps pour terminer la session de formation commencée et dont vous voyez l’échéance s’approcher irrémédiablement, difficile de dégager du temps indispensable pour se ressourcer auprès de ses pairs, réseauter, assister à des conférences, voir du monde …
  • difficile de prioriser, compte tenu de tout ce qui précède. Personne ne décide à votre place mais vous devez prendre la décision la plus pertinente, ce qui est par ailleurs tout relatif en fonction de l’époque, des circonstances, des nécessités économiques, d’un collègue qu’on souhaite aider … On procède par itérations successives. Je ne suis pas sûre que ça soit une prérogative réservée à l’entrepreneur de soi ; les cadres des grandes entreprises se plaignent d’un manque d’autonomie dû à un manque de temps pour prendre la meilleure décision
  • inquiétude constante de « demain » : pas de protection perte d’emploi, pas de compensation monétaire en cas de maladie, pas ce certitude quant à la retraite avec ce qui se dit sur le RSI en ce moment
  • risque de se faire piquer des idées, en particulier quand vous intervenez en tant qu’enseignant/formateur. Quel recours par rapport à votre commettant ?
  • impératif (je l’ai vécu) de « tenir » avec une grippe et 39°C de fièvre sans pouvoir faire semblant, parce qu’en face vous avez un client qui vous a acheté une formation et que vous devez l’assurer. Coûte que coûte alors que votre place est dans votre lit.
  • impératif de fournir une énergie et une concentration inépuisables. Avec le sourire (dans une formation sur les RPS je parle de « conflits de valeurs »). Avoir la pêche.

Alors, repartir en entreprise ? Redevenir salarié ? Quel intérêt ?

  • protection sociale (retraite ? J’ai 54 ans) ; oui pour la maladie dans une certaine mesure. Ou le gros pépin auquel tout le monde pense … pour les autres
  • possibilité de faire une journée « en faisant semblant » ; quand on a un peu d’amour-propre ce n’est pas tellement satisfaisant
  • avantages divers inégaux en fonction des secteurs : tickets restau, mutuelle, prévoyance, assurance RC, tout ce que le freelance doit financer lui même (ce qui justifie des honoraires plus élevés, quoique)
  • accès (de moins en moins) à de la formation présentielle plutôt que d’aller au-devant de la formation de façon proactive et souvent virtuelle ; formation sur étagères peut être mais tellement moins consommatrice d’énergie
  • Reconnaissance sociale : « vous en êtes », surtout si vous intégrez une entreprise « connue » (pas forcément pour les bonnes raisons).

Alors, que faire ? Répondre aux sirènes de l’amour-propre en se disant « j’ai été chassée, ouah, j’y vais » ? Rester en libéral, entreprise avec son lot de solitude, de doute mais permettant chaque matin de se dire : ce que j’ai gagné je le dois à ma compétence, ma relation personnelle client, ma personnalité, ma différence … Et à moi-même uniquement.

Qu’est-ce qui fait qu’un freelance reste freelance ? Par choix ? Et donc quelqu’un qui retourne en entreprise donnerait-il par là l’aveu que son activité freelance, loin d’être un choix l’a été par défaut ? Est-ce si simple ?

Je suis aujourd’hui face à un choix ; et j’ai du mal à trancher. Si : mon fils a eu un sourire jusqu’aux oreilles quand je lui ai dit que j’étais en bonne voie pour un CDI. Mais décide-t-on de son avenir pour rassurer son fils ?

La question, en ce qui me concerne, reste entière

6 réflexions sur “Au fait, quels sont les avantages à être freelance ?

  1. Bel article Anne, merci de pour cette bonne synthèse du « to be or not be freelance ? ». Je retiens particulièrement « ce que j’ai gagné je le dois à ma compétence, ma relation personnelle client, ma personnalité, ma différence … Et à moi-même uniquement » et surtout le « à moi-même uniquement ».

    Précisions d’un freelance à ceux qui voudraient en être : nous sommes nombreux à moins gagner (cf. €€€€) que quand nous étions salariés (j’en fais partie), et la liberté d’agir et d’assumer ses responsabilités est une telle adrénaline que je ne me vois pas revenir en arrière. Accessoirement, quand on voit que le monde du salariat est aussi celui du burn-ou ou du bore-out (je viens de découvrir ce 2e mal) je n’envie plus les salariés. A noter que les études des compagnies d’assurances font valoir que le volume de travail des indépendants et chefs d’entreprises est plus important que celui des salariés (nous sommes aux 35 heures de sommeil/semaine), qu’ils partent plus tard en retraite et qu’ils sont en meilleure santé. Bref, ils confirment ce que nous a chanté notre bon Henri Salvador : le travail c’est la santé 🙂

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    • Merci, Jean-Philippe
      Ecrit d’un seul jet hier soir sans me relire ou à peine.
      Suis dans un vrai dilemme. Mon fils pour qui je veux dégager du temps et en même temps renoncer à tout ce que j’ai construit, à cette relation clients super, cette adrénaline, enfin tout ce que tu connais. Je suis enfin arrivée à avoir mon petit business et j’y renoncerais ? Pas facile.
      Je gagnerais moins en CDI (CAR là franchement en freelance je ne me plains pas) mais j’aurais la satisfaction de me dire le vendredi soir « vive le weekend ». est-ce suffisant ? Pour le moment rien n’est signé, je procrastine. La seule chose qui me fasse peur en freelance c’est la longue maladie (j’ai une maladie chronique et donc pour moi une prévoyance a un coût prohibitif). Et puis j’aimerais bien avoir un peu plus de vie de couple et de famille.
      Mais ta réaction est très sympa et une fois de plus on est d’accord sur tout.

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  2. muriel dit :

    Bonjour Anne,

    On ne se connait pas (encore), on a failli se rencontrer en juin dernier mais faute de temps … En tous les cas à vous lire, je crois que l’on est globalement sur la même longueur d’onde.
    Depuis juin, j’ai moi aussi sauté le pas, négocié une RC alors que j’avais un « bon poste » dans un grand groupe bancaire, une bonne reconnaissance du staff, la cinquantaine, bref aucunes raisons « objectives » de partir et toutes les « bonnes raisons » de rester là-bas …
    Sauf, que ce n’était pas ma place et qu’il était prioritaire que je parte pour être en cohérence avec qui je suis et par là-même, sauvegarder ma santé physique et psychologique.
    Je vous suis entièrement sur tous les avantages du free-lance (et ses inconvénients aussi …) et je commence mes premières missions avec joie et délectation, même si j’y passe un temps de dingue ! 😦
    Tout ça pour dire que si je peux comprendre votre dilemme actuel, je pense que notre mission première est avant tout d’être fidèle à sa nature profonde.
    A vous lire, cela ne fait pas de doute que l’organisation en free-lance est celle qui vous convient et qui est la plus « juste », d’ailleurs les résultats sont là, vous avez trouvé votre place, vos clients, votre plus-value.
    Alors oui, c’est important de tenir compte de vos proches et de leurs attentes, mais ne pensez-vous pas que le plus grand service que vous puissiez rendre à votre fils est de lui montrer, par votre exemple vivant, que c’est possible de trouver sa place et de s’éclater professionnellement ?!
    Que veut dire pour lui un « CDI » ? sans doute de la sécurité et de la sérénité pour sa maman qu’il doit voir parfois stressée et préoccupée, mais ce qui risque de lui manquer cruellement dans quelque temps, c’est votre sourire et votre énergie actuelle, votre enthousiasme, quand vous partirez ou reviendrez du boulot éteinte ou résignée d’avoir pris la décision la plus « raisonnable » …

    Concernant l’argument de la santé, là aussi, je pense sincèrement que ce que vous pouvez faire de mieux pour rester en bonne santé, c’est d’être à votre place et d’être Vivante !

    Je vous souhaite une belle continuation !

    Muriel

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour votre commentaire, Muriel, qui me touche. Au-delà des questions financières en cas de coup dur, mon fils n’a que 16 ans donc je dois aussi tenir compte de lui et de son avenir. Idéalement j’aimerais avoir un 50-50 mais c’est introuvable. Et puis toutes les missions ne me passionnent pas, loin s’en faut. Et surtout, surtout, je suis à la semaine de 35 heures … de sommeil. Stress, peur de ne pas être à la hauteur, peur d’oublier quelque chose, toujours être en amont du travail.
      A vous je souhaite pleine rsussite.
      A vous lire / entendre / rencontrer
      anne

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  3. Marie-Benedicte dit :

    Bel article, spontané, qui montre aussi un bel enthousiasme et l’amour de ce que l’on fait. Ce qui, soyons lucide, est loin d’être vraiment la majorité. Anne, et si tu « coupais » la poire en deux: activité salariée avec un mi temps et free lance. Ménager les deux. Avec le risque, il est vrai, que la formule ne fonctionne pas car l’un pousse l’autre…. Pour ma part, j’avoue aussi, et ceci avec grande amertume, que ce passage « depuis que je suis en free lance je n’ai jamais été autant chassé par le secteur marchand… » est bien vrai. Ce que je vis actuellement, en poste sur le sacro saint CDI depuis peu. Encore une fois, les symptômes de la schyzophrénie du marché du travail français et de la mentalité ambiante. Bref. Je ne me vois pas free lance car c’est un cadre qui ne me conviendrait pas (quoique, comment puis je savoir sans essayer) et puis je ne possède pas de « compétences qui se vendent »… Je te dirais, suis ton envie, c’est si important. Mais si vraiment tu as un besoin particulier bien identifié (les soins pour ta pathologie), alors oui au CDI, en toute connaissance de cause, sans aucun regret. Pour toi, pas pour ton fils, avec tes acquis : tu n’es pas « à vendre » même si l’on « t’achète ». PS : impossible de commenter sur Linkedin, sale bête !

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