« Ce n’est jamais le travail qui rend malade »

Aujourd’hui une petite vidéo sur le travail de Florence Bénichoux, médecin clinicien, qui réfléchit à la question de la souffrance au travail depuis 25 ans.

Un euro investi dans l’amélioration des conditions de travail produirait un retour sur investissement de 4 euro. Selon certaines études, ce serait 9 euros.

Gestalttherapie : une solution au burnout ?

Alors que je reste persuadée qu’il n’appartient pas au collaborateur de gérer son stress mais à l’organisation de mettre en place des conditions de travail protectrices, il en va tout autrement pour le burnout. Nous en sommes nous-mêmes en partie sinon responsables, du moins complices.

D’après une étude récente de l’Université de Maastricht (Pays Bas) un salarié européen sur quatre se lève sans avoir la pèche et arrive au bureau en présentant les symptômes de ce que l’on appelle un état de fatigue psychique (étude élaborée sur 12 000 salariés dans 45 entreprises en 2015).

Photo Patrick Drouin

Photo Patrick Drouin

Les causes sont connues : l’économie 24/7 impose aux collaborateurs de travailler de façon continue, rapide, en acceptant toujours plus de responsabilités. On fonctionne sous un stress tel, qu’il suffit d’une petite charge supplémentaire pour que l’individu ne soit plus en mesure de supporter la pression. Cette charge supplémentaire trouve souvent sa source dans les circonstances de la vie privée. Les difficultés familiales, relationnelles, en lien avec ses enfants, ses parents ou la santé mais aussi en lien avec le sens de la vie n’en sont que quelques exemples. Bref, on perd le contrôle de sa propre situation.

Pour ne pas en arriver au burnout, il existe un remède, à savoir rétablir son équilibre psychique. Pour cela, la Gestalttherapie peut être une réponse.

Qui est à risque en termes de burnout ?

· 11 % des collaborateurs dans le secteur de la communication
· 15 % des dentistes, et 20% ne sont pas très loin derrière
· 20 % des médecins de famille

Puis viennent :

· les psychiatres
· les personnels infirmiers
· les thérapeutes en général
· les fonctionnaires de police
· les professeurs des écoles et formateurs
· les gardiens de prison
· les assistant (e)s social (e)s.

On remarquera qu’il s’agit souvent de professions de contact humain, à forte exigence émotionnelle. Les professionnels du soin à autrui sont à fort risque. Ceci dit, cette pathologie impacte également les managers, les commerciaux et les entrepreneurs de soi (professions libérales), les techniciens en informatique et les collaborateurs d’entreprises aux activités diverses soumis au stress. En principe, toute personne ayant des exigences sur son travail peut être victime de burnout.

Le Burnout, c’est quoi ?

Le burnout est la conclusion finale d’un stress prolongé et/ou chronique. Le terme a été introduit par le psychiatre américain Freudenberger au milieu des années 70. Le stress nous est nécessaire, il nous donne l’énergie de bien faire. Et il n’y a rien à redire au fait de beaucoup travailler. Tant que l’on peut alterner des périodes de travail intense et des périodes de récupération et de détente suffisamment longues. Et c’est ce dernier impératif qui est souvent  compliqué à respecter.

On peut comparer certains comportements du candidat au burrnout à celui d’un conducteur qui conduit beaucoup sur autoroute et qui a ensuite des difficultés à respecter la vitesse maximale de 50 km, lorsqu’il aborde une ville. Rétrograder est donc un mot-clé dans cette problématique, ainsi que de décélérer à temps.

Ce qui rend le burnout si délétère tient dans le fait que l’on ne se rend pas compte qu’il vous guette. On pourrait presque dire qu’il survient comme un voleur dans la nuit. Il peut être là, d’un coup. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse est une expression particulièrement pertinente en matière de burnout. Souvent il y a eu des années de surcharge de travail au préalable, et puis soudain se produit un pétage de plombs spécifique au syndrome d’épuisement.

Il existe un certain nombre de critères révélateurs d’une surcharge psychique. Lorsque des collaborateurs dénoncent des difficultés, il est impératif de commencer par faire un diagnostic pertinent, à savoir déterminer si la personne souffre de burnout ou présente d’autres pathologies. Ensuite, il est important de déterminer dans quelle phase de surcharge la personne se trouve ; renverser la vapeur le plus tôt possible est essentiel.

Les plaintes symptômes d’un risque de burnout sont les suivants :

Photo Lucas Pintor

  • épuisement physique et émotionnel
  • comportement dépersonnalisé et cynique
  • fort sentiment de perte de compétences.

 

a. Facteurs personnels
· Passion et enthousiasme (tout feu tout flamme)
· Grand sens des responsabilités
· Idéalisme
· Ambitions importantes
· Tendance au perfectionnisme
· Forte empathie

b. Facteurs organisationnels
La théorie de la Gestalt est assise sur la pensée globale. Un individu n’est pas complètement libre dans sa pensée mais toujours influencé par son environnement : la famille, le travail, les contacts sociaux font de nous qui nous sommes. Mais cet environnement est ce qu’il est par le fait que nous évoluons en son sein. L’homme et son environnement sont interdépendants, intimement liés, ils interagissent en permanence.

C’est pourquoi ce n’est pas l’individu mais toute l’organisation et la société toute entière qui sont déterminants pour l’existence de la personne. Voici quelques questions à se poser en termes d’interaction entre individu et organisation et sa traduction dans le monde de l’entreprise :

  • existe t-il un turnover important dans la l’organisation ?
  • l’absentéisme est-il élevé ?
  • y a t-il des conflits ?
  • les échéances sont elles régulièrement dépassées ?
  • manque t-il un esprit d’équipe ?
  • les gens se sentent ils peu concernés ?
  • le travail doit-il souvent être refait ?

Changements organisationnels

On constate de plus en plus souvent que le burnout intervient dans les entreprises en perpétuel changement. Dans ce cas la capacité d’adaptation du collaborateur est sur-sollicitée. Ce qui veut dire pour chacun d’entre nous : à quelle vitesse suis-je capable de m’adapter à des situations en perpétuelle transformation ? Ceci est un indicateur sur la flexibilité de la personne, qui est différente pour chacun. Parfois les collaborateurs semblent pouvoir s’adapter sans difficulté et puis tout à coup ils atteignent un point limite. Par exemple lorsqu’il se produit quelque chose dans la sphère privée, un divorce ou un enfant malade par exemple.

Notre capacité d’adaptation se mesure dans le rapport entre la soutenabilité et la charge. Par soutenabilité, l’on entend la capacité à supporter la  charge mentale, la résistance physique ainsi que le soutien social. La charge comprend les obligations, les événements de la vie, les problèmes de tous ordres.

Le schéma du stress chronique

Le stress chronique est délétère lorsque les périodes de récupération sont trop rares ou trop courtes. Le stress en soi est tout à fait supportable lorsqu’il reste sporadique. Mais il est impératif de reprendre son équilibre en aménageant des périodes de récupération conséquentes après une situation de stress.

Donc lorsque quelqu’un doit constamment délivrer sous pression, il a besoin d’une possibilité de récupération supplémentaire, ce qui dans les faits ne se produit pas souvent. L’individu se retrouve alors dans une spirale de fatigue de plus en plus intense, de pression exacerbée et de moins en moins de possibilité de se sentir réellement reposé.

Il peut se passer beaucoup de temps avant que l’individu ne se rende compte qu’il est en train de grignoter peu à peu ce qu’il lui reste de réserves d’énergie. Si personne n’ attire son attention sur cette usurpation, ou si la personne elle-même refuse d’admettre qu’elle se soumet à trop de stress, il arrive un moment où elle craque – le fameux pétage de plombs. Entre-temps tout un tas de choses se sont déréglées.

La capacité à faire face à la surcharge peut être augmentée par le repos mais s’arrêter, se reposer, n’est pas naturel à tous. L’individu, tel un bûcheron qui doit continuer à travailler tard dans la nuit sans prendre le temps de ré-affuter sa hache, fonctionne en oubliant de conserver son outillage en état. Les personnes en burnout font tout leur possible alors même qu’elles ne sont plus du tout efficaces ; elles continuent, avec une sorte de rage, jusqu’à ce qu’épuisées elles s’écroulent.

Savoir se poser

La tendance est de plus en plus de prendre plusieurs courtes vacances plutôt que de faire une vraie coupure de 3-4 semaines. Les collaborateurs pensent ainsi récupérer suffisamment. Alors que ceci n’est que partiellement vrai. En ne prenant que de petites pauses, le taux d’adrénaline et le niveau d’activité de la personne restent trop élevés, avec pour conséquence que la personne reste en éveil plutôt que de complètement se laisser aller.

Ce n’est pas rien, la sensation d’ennui du dimanche après-midi pluvieux ; elle n’est pas anodine. Ce sentiment a un effet réparateur d’un point de vue thérapeutique. Quand vous êtes-vous ennuyé pour la dernière fois ? Réfléchissez : lorsque vous vous ennuyez, vous avez tendance à rechercher quelque chose pour vous distraire. Vous voulez donc éviter un certain sentiment ou certaines pensées. Bien des personnes vivent le désoeuvrement comme une sensation de vide ; alors que ce vide est le vide de notre existence mais aussi la douleur de notre existence ; vient avec la question centrale de savoir ce que nous venons faire sur cette terre et où est le sens de notre vie.
Et donc explorer ce vide est absolument nécessaire, car il s’agit d’un moment où l’on s’accorde le droit d’accepter que la vie peut être parfois lourde à porter, difficile, compliquée.

Alors que plus nous remplissons nos journées, moins nous avons besoin d’ancrage, mais aussi, moins nous prenons contact avec notre intériorité et notre ressenti. Et pourtant il s’agit d’un processus naturel : après avoir agi nous avons le droit de nous reposer, après le jour vient la nuit, après l’été survient l’hiver. Cette alternance entre aller et venir dans le monde, entre l’action et le repos nous est enseignée par la nature, c’est que notre corps nous apprend. Avec le stress chronique, ce processus naturel est bouleversé. Dépression, ennui, s’avachir sur le canapé, se sentir minable pour une journée sont des émotions et des comportements extrêmement nécessaires qui nous conduisent à nous poser plutôt que de continuer une fuite en avant dénuée de tout sens.

La gestalttherapie, une solution à une menace de burnout ?

Le thérapeute s’intéresse à la relation entre l’individu et son environnement. Il ne s’agit pas d’identifier une quelconque difficulté psychique, il s’agit de rétablir un équilibre de la relation que la personne entretient avec son environnement.

Une gestalttherapie adresse donc principalement l’interaction de l’homme et son milieu afin qu’il puisse s’intégrer à son environnement et en récolter les bienfaits. Le principe de base veut que chacun d’entre nous possède la compétence de rétablir lui-même sa santé. Une gestalttherapie invite l’individu à fonctionner de façon saine via ses propres ressources. C’est ainsi qu’un collaborateur d’une entreprise déclarait : « mon organisation se développe par moi et je me développe par mon organisation. Il s’agit de donner et de recevoir et ça, ça fait du bien ».

adapté d’un article de Jolanda de Leeuwerk – http://www.gestaltweb.nl

 

Il m’est arrivé d’évoquer le BURNOUT … qu’en est-il du BOREOUT ?

Fatigué, irrité, instable, et si

vous étiez victime d’un boreout ?

Dans les centres hospitaliers, l’on craint les maladies nosocomiales ; chacun  connait ce fléau, souvent relayé par les media, fléau auquel les antibiotiques les plus forts deviennent résistants. Au bureau, le staphylocoque doré se présente sous la forme du boreout, selon un nouvel ouvrage de Philippe Rothlin et Peter Werder**. Cette affection touche probablement un tiers des salariés, les impactant aussi bien dans leur journée de travail que dans leurs moments de repos, les laissant épuisés, dépressifs et généralement dans une grande insatisfaction et une absolue perte de sens. Cette affection existe probablement depuis longtemps, sans doute depuis le début de l’ère industrielle. Mais elle est plus étendue et plus dangereuse aujourd’hui, probablement du fait de l’accès généralisé aux nouvelles technologies.

Photo Lucas Pintor 20 décembre 2014

Photo Lucas Pintor
20 décembre 2014

L’expression « burnout » qui ne date pas d’hier décrit la situation de salariés épuisés de travail et sur-stressés. Dans leur ouvrage « Boreout ! Surmonter la démotivation au travail » Rothlin et Werder expliquent que le phénomène du boreout est tout aussi répandu et délétère et qu’il présente bizarrement des symptômes quasiment identiques.

Sous-employé vs débordé
Deux consultants européens, MM. Rothlin et Werder, s’adressent dans leur ouvrage aussi bien aux employeurs qu’aux collaborateurs, parce que le boreout touche non seulement l’individu mais aussi des organisations entières. Chaque entreprise est à la recherche de salariés motivés, qui sont un avantage concurrentiel. Or, dans une étude récente conduite par Zalary.com et AOL, concernant  la perte de temps au travaii, 33% des 10 000 répondants déclarent qu’ils ne sont pas suffisamment occupés au travail.

Selon une enquête réalisée par l’agence d’intérim internationale Kelly Services, les collaborateurs sous-employés représentent le groupe le plus important de ceux qui se déclarent « très insatisfaits », soit 44%. En d’autres termes, il y a plus de répondants se déclarant démotivés que de salariés se disant stressés et candidats au burnout.

Les auteurs définissent le boreout comme « un phénomène croissant sur le lieu de travail qui se produit lorsque des salariés démotivés développent une indifférence croissante vis à vis de leur emploi et finalement se sentent coupés de leur organisation et de ses centres d’intérêt« .

Des collaborateurs souffrant de boreout présentent entre autres les « symptômes » suivants  :

  • sous-utilisation de leurs compétences et manque de satisfaction vis à vis du poste
  • déficit d’implication
  • ennui – se réfugient dans leur propre monde : préparent leurs prochaines vacances, leur weekend shopping et leur avenir pendant le temps de travail
  • frustration

Que faire ?
Les auteurs estiment que la responsabilité du boreout est à chercher chez la plupart des personnes et non pas uniquement chez les salariés touchés.

Est-ce de la paresse ? Non, dans la plupart des cas les individus la combattent. La pression due à de longues journées de travail et les efforts des salariés pour distiller leur travail tout au long de la journée pour paraître occupés ; le manque d’estime de soi connexe au sentiment que l’on ne leur donne pas suffisamment de crédit pour prendre en charge des tâches intéressantes et valorisantes sont des éléments de stress intrinsèques. La plupart des collaborateurs préféreraient faire un travail qui ait du sens plutôt que de s’ennuyer.

Les organisations doivent comprendre le boreout et en tirer des enseignements. « Les employeurs doivent donner leur juste place à leurs collaborateurs et encourager la communication entre eux« , disent les auteurs. « De simples efforts destinés à donner un feedback positif font la différence, de même qu’ajouter des tâches à enjeu et non répétitives à un poste sont également d’excellents palliatifs« .

Exercer un contrôle incessant, bloquer les sites internet et autres mesures préventives/ punitives ne fonctionneront pas. Les salariés qui ont décidé d’avoir recours à des stratégies d’évitement d’un travail qu’ils détestent, qui allongent de façon artificielle les délais et gaspillent leur temps, trouveront toujours une tactique de contournement, spécialement à une époque où les technologies de type smartphone, qui proposent des jeux et une messagerie ainsi que l’accès à la toile et aux sms, sont à leur disposition et leur appartiennent.

Finalement, la clé pour éviter le boreout est détenue par le salarié lui-même  qui doit aller chercher la satisfaction au travail. Selon Rothlin et Werder, la satisfaction est le fruit d’une combinatoire.

La remède au boreout : une rémunération qualitative
On obtient la satisfaction avec ce que les auteurs appellent « la rémunération qualitative« , qu’ils définissent comme le sens + le temps + l’argent. « Sens, temps et argent, combinés, sont le véhicule permettant d’éviter ou traitant le boreout. La combinatoire équilibrée des trois est le remède« .

Les auteurs insistent sur l’importance de la responsabilité individuelle à combattre le boreout. Finalement, ce sont les collaborateurs qui doivent prendre en charge leurs propres vies en prenant conscience de leurs propres contraintes et prendre en compte leurs besoins individuels.

Les collaborateurs soumis au boreout doivent en reconnaître les symptômes et se poser des questions qui font appel à un certain courage : « ai-je le courage de communiquer avec ma hiérarchie ? Ai-je la carrière qui me convient ? Dois-je prendre le risque de partir? »

Le lecteur peut se demander, à ce point : le boreout continue-t-il à être une préoccupation dans une économie en récession ? Ce à quoi les auteurs répondent : « oui ». « Le boreout demeure préoccupant en période de crise. « Nous recevons quotidiennement des emails de personnes qui ne savent pas comment occuper leurs journées de travail. Elles travaillent dans des organisations qui ont commencé à faire des PSE, mais leur situation individuelle, personnelle, n’a pas été modifiée pour autant, en dépit des circonstances économiques défavorables« .

Seule une chose diffère : « des salariés manquant de défis à relever ne sont pas heureux d’avoir un emploi, de pouvoir payer leurs factures. Ils restent dans leur poste plus longtemps et s’accommodent tant bien que mal de leur situation. Ils n’osent pas changer ».

Le boreout continue à être une réalité, estiment les auteurs, « parce que des cultures d’entreprises défavorables, des leaders et des managers peu charismatiques et une communication défaillante ne disparaissent pas des écrans radars par le simple fait que l’économie soit défavorable« .

Bilan : souffrez-vous de boreout ?
Si vous répondez « oui » à au moins quatre questions, il est temps d’agir. Soit en tentant d’évoluer au sein de votre organisation soit en cherchant un nouvel emploi qui vous offrira plus de défis à relever, plus de sens et / ou un salaire plus attractif.

  • Faites-vous des choses privées pendant le temps de travail ?
  • Vous sentez-vous sous-employé et vous ennuyez-vous ?
  • Vous arrive-t-il de faire semblant d’être occupé ?
  • Etes-vous fatigué et apathique après votre journée de travail même sans être soumis au stress au bureau ?
  • Vous sentez-vous malheureux dans votre travail ?
  • Pensez-vous que ce que vous faites n’a pas de sens ?
  • Pourriez-vous réaliser votre travail plus rapidement que vous ne le faites ?
  • Craignez-vous de changer de poste pour une question de salaire ?
  • Vous arrive-t-il d’envoyer des emails personnels pendant les heures de travail ?
  • L’intérêt que vous portez à votre travail est-il limité ou inexistant ?

Alors, votre score ? Ce n’est peut être pas pour rien qu’il existe une telle dichotomie entre le marché de l’emploi et le nombre hallucinant de chômeurs aujourd’hui … sujet à suivre. Ce n’est que mon avis et je le partage.

**D’après : « Boreout ! Overcoming Workplace Demotivation » de Philippe Rothlin et Peter R. Werder 

Reprendre le travail après un burnout

Source : http://www.stressdirections.com

Troublant. Patrick Drouin

Troublant.
Patrick Drouin

Si lors de votre prise de poste, au début, il vous semble tenir la solution à tous vos problèmes, si vous développez de fortes attentes, d’immenses espoirs, et si ce que vous avez envie de faire par-dessus tout c’est de vous surpasser au travail, méfiance. Vous êtes candidat au stress professionnel le plus insidieux et le plus dramatique qui soit, le burnout, c’est à dire un état d’épuisement physique, émotionnel et mental provoqué par des aspirations irréalistes et des objectifs illusoires et impossibles à atteindre.

Le risque de faire un burnout augmente drastiquement en fonction de la personnalité de l’individu, de l’environnement de travail et de la nature du poste. Si êtes doté d’une forte capacité de travail et que vous êtes à 110% en permanence, si vous êtes idéaliste, auto-motivé, orienté résultats par tous les moyens, acharné, persévérant, vous êtes un candidat potentiel. La même chose vaut si vous êtes perfectionniste au point de vous fixer des repères et des exigences irréalistes. Dans un emploi à faible reconnaissance, où les rétributions sont sans rapport avec le travail bien fait, si votre métier est un métier de contact ou un métier à échéances à enjeu, le passage du stade de candidat possible à candidat probable au burnout est quasiment irrémédiable. La route vers le burnout est pavée de bonnes intentions. En soi il n’y a rien de répréhensible à être idéaliste, travailleur, perfectionniste et de vouloir réussir du fait d’une grande motivation et d’un fort respect de la valeur travail, et il n’y a aucune objection à avoir des ambitions et des attentes. On le sait, ces traits de caractère sont jugés comme remarquables et sont valorisés dans notre culture. Là où ça dérape, c’est lorsque l’on touche au manque de réalisme. Des ambitions et des exigences professionnelles excessives envoient tout droit la personne vers la frustration et l’échec. La personnalité du candidat au burnout le ou la maintient dans un effort résolument intense jusqu’à l’implosion.

Le burnout procède par étapes qui se mélangent et se combinent entre elles de façon si peu perceptible que la victime se rend rarement compte ce qu’il lui arrive, même très tard.

Voici les étapes communément décrites pour un burnout :

La lune de miel

Pendant cette phase, tout est extraordinaire. La personne a une énergie sans bornes et son enthousiasme rend tout possible. L’individu adore son poste et réciproquement, elle a l’impression que ce poste va répondre à tous ses besoins et désirs et résoudre toutes ses difficultés. L’individu est enchanté aussi bien par ce métier, ses collègues que l’entreprise où il évolue.

La prise de conscience

La lune de miel fait place à l’étape qui consiste en la prise de conscience du fait que les attentes initiales étaient irréalistes. Le poste n’évolue pas de la façon imaginée et rêvée, il ne répond pas à tous les besoins, les collègues et l’entreprise sont de moins en moins parfaits, les récompenses et la reconnaissance sont souvent les grands absents.

Alors que désillusion et déception enflent, l’esprit de l’individu devient embrouillé. Quelque chose  ne va pas, mais impossible de mettre le doigt dessus. En l’espèce la personne se met à travailler encore davantage pour transformer son rêve en réalité. Mais travailler plus ne change rien et une fatigue de plus en plus intense s’installe, accompagnée de lassitude et de frustration. L’individu remet en question ses compétences, sa légitimité et commence à perdre sérieusement confiance en elle.

Le Brownout (chute de tension)

La tension baisse, et en corollaire l’enthousiasme initial et l’énergie cèdent la place à une fatigue chronique, une propension à être irritable. L’alimentation, le sommeil se modifient et l’individu se réfugie dans des comportements de fuite de type excès de boisson, drogues, sorties nocturnes ou frénésie acheteuse. On assiste à une perte de faculté à prendre des décisions, à une productivité en chute libre. La qualité du travail se détériore et collègues et supérieurs hiérarchiques ne manquent pas de le remarquer.

S’il n’y est pas mis fin, le brouwnout glisse sans remords vers ses ultimes étapes. L’individu est de plus en plus frustré et en colère et attribue aux autres la cause de ses difficultés. Il devient cynique, détaché et ouvertement critique envers l’organisation, ses supérieurs et ses collègues. Il fait l’objet d’une dépression, d’une angoisse et d’un mal-être physique. Les drogues et l’alcool viennent ajouter au problème.

Le Burnout complet

Sauf prise de conscience de dernière minute qui puisse mettre fin au processus ou à moins que quelqu’un n’intervienne, le browout évolue inexorablement vers un burnout complet. La caractéristique de cette étape finale est le désespoir. Ceci peut durer dans le meilleur des cas quelques mois mais la plupart du temps il est question de trois ou quatre ans. Le sujet se sent accablé par un sentiment d’échec et par une perte dévastatrice d’amour propre et de confiance en soi. Dépression, solitude et vide absolu sont le lot de la personne en burnout.

La vie a perdu tout son sens et on ressent un pessimisme paralysant envers le futur, le sentiment d' »à quoi bon ». La personne évoque l’idée de « simplement partir et s’extraire de là ». Elle est épuisée physiquement et mentalement. Des dépressions physiques et mentales sont à craindre. Suicide, AVC, infarctus sont assez fréquents à ce stade ultime de ce qui au début n’était qu’attentes et espoirs démesurés, énergie, optimisme et enthousiasme.

Le phénomène Phénix

Vous pouvez renaître, façon Phénix, des cendres du burnout, mais cela prend du temps. Tout d’abord, il faut du repos et de la détente. Ne pas emporter de travail chez soi, de toutes manières dans un tel état le travail ne se fait pas, et donc vous vous sentiriez de plus en plus coupable et paresseux, alors que vous êtes malade.

Il s’agit d’accepter son attitude, sa colère, son manque de discernement, sa frustration, sa déception, sa dépression, son angoisse, son manque de légitimité et son échec supposés comme faisant partie intégrante du tableau du burnout et cette acceptation est une étape nécessaire à la guérison. Il peut être utile de trouver quelqu’un avec lequel évoquer sa détresse. Un compagnon, un ami de longue date, un coach, un thérapeute. Il est important que chacun comprenne que l’idée est simplement de parler et non pas de trouver la solution pour la personne impactée.

Revenir au travail avec un burnout implique que l’on réajuste ses attentes vis à vis du poste que l’on va reprendre et que l’on revoie ses objectifs. Il s’agit de réviser ses aspirations et ne pas tenter d’être ou de faire ce qui est dicté par autrui, qui est le meilleur moyen de continuer à se sentir frustré et à alimenter le burnout.

Revenir au travail suppose que l’on ait pris du repos, du repos encore et encore

Forêt de Coye Patrick Drouin

Forêt de Coye
Patrick Drouin

Le plus important : il s’agit de trouver un équilibre de vie, d’investir davantage en son temps libre, sa famille, son cercle d’amis, ses activités sociales et ses loisirs. Il faut se déployer de façon à ce que le travail n’ait plus cette influence omniprésente et cet impact délétère sur l’image et la confiance en soi.

 

« Le stress est au burnout ce que la température est à la pneumonie »

Adapté du site http://www.burnoutenstress.nl/

“En cas de pneumonie il est impératif de faire baisser la température qui l’accompagne afin d’éviter toute lésion cérébrale. Mais faire baisser la température n’est pas guérir la pneumonie.

Ceci est valable pour le stress qui accompagne le burnout. Il faut faire baisser le stress pour protéger sa santé, mais diminuer le stress ne résoudra pas la cause sous-jacente au burnout, à savoir un sentiment d’impuissance.
(Dr. Beverly Potter)

Pour savoir si vous êtes un “client” pour un burnout, regardez si vous vous reconnaissez dans les situations suivantes :

balance

  • Avez-vous l’impression d’avoir du mal à vous concentrer?
  • Vous sentez-vous extrêmement fatigué ?
  • Vous sentez-vous souvent irrité ou en colère de façon disproportionnée ?
  • Vous sentez-vous angoissé ou nerveux ?
  • Avez-vous des difficultés à dire non ?
  • Vous fixez-vous des objectifs démesurés ?
  • Etes vous en conflit plus fréquemment que d’habitude avec autrui ?
  • Parvenez-vous à avoir des moments de détente et de Plaisir dans votre vie ?
  • Tout ceci dure-t-il depuis plusieurs mois sans que la situation s’améliore ?

Si vous vous reconnaissez dans la plupart de ces situations et si ce n’est pas nouveau, il y a de fortes chances que vous présentiez tous les symptômes du burnout.

Je rappelle que le burnout peut toucher n’importe qui, en situation professionnelle ou pas. Certaines mères de famille sont en burnout. Certaines personnes sans emploi de la même façon.

Messieurs-Dames de Pôle Emploi, excusez-moi si je travaille …

J’enseigne et je réfléchis beaucoup sur la souffrance au travail sous toutes ses formes. En ce moment je coopère de façon régulière avec la Fonction Publique Territoriale et je découvre combien ces femmes et ces hommes peuvent, comme dans le privé, davantage peut-être encore, être soumis à la pression, aux résultats, combien ils peuvent être exposés aux incivilités du public, dans un contexte où les budgets s’amenuisent de jour en jour.

Et pourtant …

Aujourd’hui je vais vous parler de la souffrance de l’usager.

Bien qu’autonome financièrement depuis un moment, je suis toujours liée à Pôle Emploi par l’entremise d’une déclaration mensuelle de mes gains. Il se trouve que le système veut qu’il faille déclarer son chiffre d’affaire (qui n’est pas son revenu) le mois où il est généré ; de même, lorsque je travaille sous CDD (c’est le cas avec la Fonction Publique, ironie du sort), ou en portage salarial, je dois déclarer mon gain au mois M.

Ceci est très compliqué. En effet, si je travaille du 25 au 30 du mois pour une entreprise, celle-ci ne me fera pas un bulletin de paye le 31. J’ai deux alternatives, j’ai testé les deux, aucune ne marche :

  • Soit je déclare la somme exacte mais le mois suivant
  • Soit je déclare une approximation le mois où j’ai travaillé.

Voulant, pour ma déclaration d’octobre, anticiper pour « bien déclarer », j’ai pris mon téléphone.

Merci pour vos réponses, mais quelle était la question ?

Etant intervenue par 2 fois sous CDD ce mois-ci et ne disposant pas encore du montant exact de ma rémunération nette, j’ai souhaité prendre conseil auprès d’un téléconseiller de Pôle Emploi. Je sais, moi, Anne van der Weide, pour travailler sur les Risques Psycho-Sociaux, que les téléconseillers de tous ordres sont extrêmement soumis à la pression et au manque de politesse de certains.

Après une attente interminable, quelqu’un prend mon appel. Je commence à expliquer ce qui m’amène, mon interlocutrice me coupe net et me dit « vous n’avez pas justifié ce que vous avez gagné en avril, en juillet et en août, c’est normal qu’on ne vous paye pas ». Je n’avais pas même terminé ma phrase. Et l’objet de mon appel n’était pas de m’enquérir du pourquoi je n’étais pas payée, ce n’était pas le propos.

Donc je m’informe : « que vous manque-t-il pour ces périodes » ? – réponse : « il faut tout déclarer, madame, et le mois où vous êtes payée, surtout pas plus tard ». Je continue : « Madame, je suis de bonne foi, je ne me suis même pas rendue compte que je n’étais pas payée, puisque je dépasse mon seuil d’éligibilité, mais que vous manque-t-il ? Il me semble que j’ai envoyé tous mes justificatifs ». Réponse : « on ne les a pas, je ne les ai pas à l’écran ». –« pourtant j’ai tout envoyé, dois-je le faire en recommandé ? » – « surtout pas ; rapprochez-vous de votre agence de votre domicile. Ils accepteront peut être de faire les modifications qui s’imposent ».

Passer une demi-journée au Pôle Emploi plutôt que chez le client, est-ce bien raisonnable ?

L’agence de mon domicile est à 45 mn de chez moi et me déplacer au Pôle Emploi représente donc une demi-journée, ce n’est donc pas idéal. Mais je n’avais toujours pas réponse à ma question : que faire pour pouvoir déclarer un revenu exact quand on n’en a pas le montant ? Quand on facture, c’est simple, mais sous contrat, le brut n’est pas le net … Je repose donc la question et mon interlocutrice me répète: « rapprochez-vous de votre centre ». Je me suis alors permis de lui demander en quoi consistait son rôle si c’était pour me renvoyer sur mon centre. A quoi elle m’a répondu que si je continuais à faire de fausses déclarations (sic) on me couperait tout,  les futurs droits et les trimestres de retraite. Que sur son ordinateur elle voyait que j’étais « en anomalie depuis avril » mais rien d’autre. Et que de toutes manières, les documents, les factures, les attestations, il fallait que j’aille les porter chaque mois car si je les envoyais, mes documents ne seraient pas traités, avec les conséquences décrites ci-dessus.

Je commence à bouillir intérieurement, mais je reste calme ; après tout on ne peut pas enseigner les RPS et oublier sa courtoisie : « Madame, vous me dites que je déclare mal, dites-moi au moins comment faire pour bien déclarer. Et puis si vous me dites que ma situation n’est pas claire chez vous depuis avril, je ne l’apprends qu’aujourd’hui, personne ne m’a prévenue ». Réponse : « ce n’est pas à nous de prévenir ».

Après un quart d’heure au téléphone je n’ai toujours pas réponse à ma question

Ah bon. Mais si je téléphone pour avoir des informations on ne me les donne pas ; je ne sais toujours pas à l’heure actuelle comment je dois m’y prendre pour déclarer en temps et en heure des sommes justes alors que moi-même je ne maîtrise pas l’information le jour J à l’instant T.

Voici un système où lorsque vous faites le maximum pour ne pas prendre d’indemnités chômage, où vous vous démenez pour travailler, on attend de vous :

  • De faire de la paperasserie complémentaire (attestation de facturation, photocopie des bulletins de salaire)
  • De prendre du temps précieux pour se rendre aux heures d’ouverture au Pôle Emploi (fermé le vendredi après-midi, merci pour l’exemple)
  • De « justifier » qu’on a bien gagné ce que l’on déclare alors que le principe de la déclaration est de justement éviter à Pôle Emploi d’avoir à verser des indemnités non dues
  • De déclarer ce qu’on a gagné avant de l’avoir réellement perçu ; ceci est encore plus absurde en facturation où entre le moment de la facture et le moment où l’argent est sur le compte il faut prévoir un mois ; le mot trésorerie n’a pas le même sens pour tout le monde …
  • De deviner que votre déclaration n’est pas recevable et de le découvrir par hasard, bien plus tard ou pourquoi pas le jour de la liquidation de ses droits pour la retraite …

François Dupuy, dans les Echos, a écrit récemment un excellent article sur la SNCF qui est bien la seule entreprise à proposer une voiture bar où il faut attendre 1H à 1H30 pour être servi et où les agents, 2 par rame de TGV, doivent bien être les seuls salariés en France à travailler 30 minutes payés 4 heures … Et moi qui trouve le moyen de bricoler des contrats, des missions, des formations pour rester indépendante et ne pas dépendre du système, moi qui travaille bien au-delà des 35H pour gagner ma vie mais aussi pour contribuer à la richesse nationale et au système de solidarité, on me « sanctionne » et comme si cela ne suffisait pas, on me refuse de me donner la clé me permettant justement d’éviter d’être sanctionnée.

Article de François Dupuy

Oui, beaucoup d’agents de la fonction publique d’Etat, Territoriale ou Hospitalière sont en souffrance. Je le sais, j’en tiens compte. Mais moi, je suis restée parfaitement calme et polie et j’estime que j’ai été pour le moins mal traitée.

Si quelqu’un en haut lieu du Pôle Emploi pouvait me dire :

  • A quoi sert le 3949 si l’on est renvoyé sur l’agence dont on dépend (horaires de bureau, horaires où je travaille)
  • Comment peut-on attendre des gens de déclarer leurs gains à l’euro près alors que matériellement ils n’en ont pas la possibilité
  • Quel est donc ce système qui auto-alimente l’incompréhension de part et d’autre et qui in fine ne donne pas envie d’être sympa au téléphone lorsqu’on vous explique que vous êtes au choix un boulet ou un escroc.

Et concernant la souffrance au travail : pour m’avoir répondu aussi mal, mon interlocutrice doit être sacrément en burnout … à aucun moment elle n’a compris l’objet de mon appel. Si vous vous reconnaissez, Madame, allez consulter. Et vite.

CQFD burnout