Il m’est arrivé d’évoquer le BURNOUT … qu’en est-il du BOREOUT ?

Fatigué, irrité, instable, et si

vous étiez victime d’un boreout ?

Dans les centres hospitaliers, l’on craint les maladies nosocomiales ; chacun  connait ce fléau, souvent relayé par les media, fléau auquel les antibiotiques les plus forts deviennent résistants. Au bureau, le staphylocoque doré se présente sous la forme du boreout, selon un nouvel ouvrage de Philippe Rothlin et Peter Werder**. Cette affection touche probablement un tiers des salariés, les impactant aussi bien dans leur journée de travail que dans leurs moments de repos, les laissant épuisés, dépressifs et généralement dans une grande insatisfaction et une absolue perte de sens. Cette affection existe probablement depuis longtemps, sans doute depuis le début de l’ère industrielle. Mais elle est plus étendue et plus dangereuse aujourd’hui, probablement du fait de l’accès généralisé aux nouvelles technologies.

Photo Lucas Pintor 20 décembre 2014

Photo Lucas Pintor
20 décembre 2014

L’expression « burnout » qui ne date pas d’hier décrit la situation de salariés épuisés de travail et sur-stressés. Dans leur ouvrage « Boreout ! Surmonter la démotivation au travail » Rothlin et Werder expliquent que le phénomène du boreout est tout aussi répandu et délétère et qu’il présente bizarrement des symptômes quasiment identiques.

Sous-employé vs débordé
Deux consultants européens, MM. Rothlin et Werder, s’adressent dans leur ouvrage aussi bien aux employeurs qu’aux collaborateurs, parce que le boreout touche non seulement l’individu mais aussi des organisations entières. Chaque entreprise est à la recherche de salariés motivés, qui sont un avantage concurrentiel. Or, dans une étude récente conduite par Zalary.com et AOL, concernant  la perte de temps au travaii, 33% des 10 000 répondants déclarent qu’ils ne sont pas suffisamment occupés au travail.

Selon une enquête réalisée par l’agence d’intérim internationale Kelly Services, les collaborateurs sous-employés représentent le groupe le plus important de ceux qui se déclarent « très insatisfaits », soit 44%. En d’autres termes, il y a plus de répondants se déclarant démotivés que de salariés se disant stressés et candidats au burnout.

Les auteurs définissent le boreout comme « un phénomène croissant sur le lieu de travail qui se produit lorsque des salariés démotivés développent une indifférence croissante vis à vis de leur emploi et finalement se sentent coupés de leur organisation et de ses centres d’intérêt« .

Des collaborateurs souffrant de boreout présentent entre autres les « symptômes » suivants  :

  • sous-utilisation de leurs compétences et manque de satisfaction vis à vis du poste
  • déficit d’implication
  • ennui – se réfugient dans leur propre monde : préparent leurs prochaines vacances, leur weekend shopping et leur avenir pendant le temps de travail
  • frustration

Que faire ?
Les auteurs estiment que la responsabilité du boreout est à chercher chez la plupart des personnes et non pas uniquement chez les salariés touchés.

Est-ce de la paresse ? Non, dans la plupart des cas les individus la combattent. La pression due à de longues journées de travail et les efforts des salariés pour distiller leur travail tout au long de la journée pour paraître occupés ; le manque d’estime de soi connexe au sentiment que l’on ne leur donne pas suffisamment de crédit pour prendre en charge des tâches intéressantes et valorisantes sont des éléments de stress intrinsèques. La plupart des collaborateurs préféreraient faire un travail qui ait du sens plutôt que de s’ennuyer.

Les organisations doivent comprendre le boreout et en tirer des enseignements. « Les employeurs doivent donner leur juste place à leurs collaborateurs et encourager la communication entre eux« , disent les auteurs. « De simples efforts destinés à donner un feedback positif font la différence, de même qu’ajouter des tâches à enjeu et non répétitives à un poste sont également d’excellents palliatifs« .

Exercer un contrôle incessant, bloquer les sites internet et autres mesures préventives/ punitives ne fonctionneront pas. Les salariés qui ont décidé d’avoir recours à des stratégies d’évitement d’un travail qu’ils détestent, qui allongent de façon artificielle les délais et gaspillent leur temps, trouveront toujours une tactique de contournement, spécialement à une époque où les technologies de type smartphone, qui proposent des jeux et une messagerie ainsi que l’accès à la toile et aux sms, sont à leur disposition et leur appartiennent.

Finalement, la clé pour éviter le boreout est détenue par le salarié lui-même  qui doit aller chercher la satisfaction au travail. Selon Rothlin et Werder, la satisfaction est le fruit d’une combinatoire.

La remède au boreout : une rémunération qualitative
On obtient la satisfaction avec ce que les auteurs appellent « la rémunération qualitative« , qu’ils définissent comme le sens + le temps + l’argent. « Sens, temps et argent, combinés, sont le véhicule permettant d’éviter ou traitant le boreout. La combinatoire équilibrée des trois est le remède« .

Les auteurs insistent sur l’importance de la responsabilité individuelle à combattre le boreout. Finalement, ce sont les collaborateurs qui doivent prendre en charge leurs propres vies en prenant conscience de leurs propres contraintes et prendre en compte leurs besoins individuels.

Les collaborateurs soumis au boreout doivent en reconnaître les symptômes et se poser des questions qui font appel à un certain courage : « ai-je le courage de communiquer avec ma hiérarchie ? Ai-je la carrière qui me convient ? Dois-je prendre le risque de partir? »

Le lecteur peut se demander, à ce point : le boreout continue-t-il à être une préoccupation dans une économie en récession ? Ce à quoi les auteurs répondent : « oui ». « Le boreout demeure préoccupant en période de crise. « Nous recevons quotidiennement des emails de personnes qui ne savent pas comment occuper leurs journées de travail. Elles travaillent dans des organisations qui ont commencé à faire des PSE, mais leur situation individuelle, personnelle, n’a pas été modifiée pour autant, en dépit des circonstances économiques défavorables« .

Seule une chose diffère : « des salariés manquant de défis à relever ne sont pas heureux d’avoir un emploi, de pouvoir payer leurs factures. Ils restent dans leur poste plus longtemps et s’accommodent tant bien que mal de leur situation. Ils n’osent pas changer ».

Le boreout continue à être une réalité, estiment les auteurs, « parce que des cultures d’entreprises défavorables, des leaders et des managers peu charismatiques et une communication défaillante ne disparaissent pas des écrans radars par le simple fait que l’économie soit défavorable« .

Bilan : souffrez-vous de boreout ?
Si vous répondez « oui » à au moins quatre questions, il est temps d’agir. Soit en tentant d’évoluer au sein de votre organisation soit en cherchant un nouvel emploi qui vous offrira plus de défis à relever, plus de sens et / ou un salaire plus attractif.

  • Faites-vous des choses privées pendant le temps de travail ?
  • Vous sentez-vous sous-employé et vous ennuyez-vous ?
  • Vous arrive-t-il de faire semblant d’être occupé ?
  • Etes-vous fatigué et apathique après votre journée de travail même sans être soumis au stress au bureau ?
  • Vous sentez-vous malheureux dans votre travail ?
  • Pensez-vous que ce que vous faites n’a pas de sens ?
  • Pourriez-vous réaliser votre travail plus rapidement que vous ne le faites ?
  • Craignez-vous de changer de poste pour une question de salaire ?
  • Vous arrive-t-il d’envoyer des emails personnels pendant les heures de travail ?
  • L’intérêt que vous portez à votre travail est-il limité ou inexistant ?

Alors, votre score ? Ce n’est peut être pas pour rien qu’il existe une telle dichotomie entre le marché de l’emploi et le nombre hallucinant de chômeurs aujourd’hui … sujet à suivre. Ce n’est que mon avis et je le partage.

**D’après : « Boreout ! Overcoming Workplace Demotivation » de Philippe Rothlin et Peter R. Werder 

Le syndrome de l’imposteur

On peut définir le complexe de l’imposteur comme le sentiment de manque de légitimité qui perdure alors que les faits prouvent la pertinence de la personne concernée au poste qu’elle occupe. Il s’agit d’ un traumatisme interne qui se manifeste par un manque de confiance en soi chronique, par lequel la personne a le sentiment qu’elle fait preuve de malhonnêteté intellectuelle.
Pour être schématique, la personne croit qu’elle n’est pas réellement performante, compétente ou intelligente durant ses études mais qu’elle en donne l’impression.Des sentiments et des pensées assez répandus qui pourraient caractériser le syndrome de l’imposteur sont : « je ne suis pas sincère » ; « mes amis de classe et mes professeurs vont découvrir que je n’ai pas vraiment pas ma place ici » ; « la sélection a été mal faite » etc. Les sentiments de l’imposteur peuvent se diviser en 3 sous-catégories :
  1. Sentiment d’être un simulateur : il s’agit de la croyance que l’on ne mérite pas son succès ou le poste que l’on occupe et que d’une certaine façon d’autres collaborateurs ont été trompés. Ceci va de pair avec la peur d’être « découvert », « démasqué ». Les personnes qui nourrissent ce genre de sentiments se reconnaissent dans des affirmations telles que : « je peux donner l’impression que je suis plus compétent qu’en réalité » ; « j’ai souvent peur que d’autres ne se rendent compte de mon manque flagrant de connaissances ».
  2. Attribution de son succès à la seule chance : un autre aspect du syndrome de l’imposteur est la tendance à attribuer sa réussite personnelle au hasard ou à toute autre raison extérieure à soi plutôt qu’à ses propres capacités intrinsèques. Une personne qui nourrit ce genre de sentiments va se référer à sa réussite en disant « j’ai juste eu de la chance cette fois » ; « coup de bol » en craignant de ne pas avoir la même fortune une prochaine fois.
  3. Minimisation de l’importance du succès. Le 3eme aspect est une tendance à réduire l’impact de sa réussite. Un individu dans cette logique va rabaisser la valeur d’une de ses réalisations en disant : « ce n’est pas grand chose », « ce n’était pas un gros projet ». Par exemple, la personne va minimiser le fait qu’elle a du succès dans une organisation au sein de laquelle réussir est très difficile. Ou alors elle va dire : « j’y suis arrivé parce que c’est un exercice facile ». Ou alors l’individu a des difficultés à recevoir des compliments.
Photo Lucas Pintor 20 décembre 2014

Photo Lucas Pintor
20 décembre 2014

 

Qui est susceptible de présenter le syndrome de l’imposteur ?
Ce syndrome caractérise des personnes qui réussissent largement au-delà de la moyenne. Ce qui rend le syndrome de l’imposteur un peu différent du concept du déficit d’estime de soi, parce qu’il y a une différence entre l’accomplissement réel et le ressenti de la personne par rapport à cet accomplissement, ce qui peut ne pas se produire dans le cas d’un manque d’estime de soi. Des personnes exerçant des professions aussi variées que l’éducation, les sciences sociales, les sciences académiques, le théâtre, peuvent toutes développer ce sentiment d’imposture.

Alors que l’on attribuait à l’origine ce syndrome aux femmes, des études récentes ont prouvé qu’une même proportion d’hommes présente les caractéristiques de ce syndrome.

Des comportements, croyances, des messages directs ou non que nous avons reçus de nos parents ou autres modèles dans les premières années de la vie peuvent avoir contribué à développer ce sentiment d’imposture. Certaines situations familiales et certaines dynamiques tendent à favoriser les sentiments d’imposture : quand le succès et la carrière entrent en conflit avec les attentes de la famille en matière de genre, race, religion ou âge de la personne, des familles qui imposent des standards qui ne sont pas réalistes, des familles qui sont très critiques, des familles qui sont traversées de conflits et de colère.

Des chercheurs identifient deux types dominants de dynamiques familiales susceptibles de contribuer aux sentiments d’imposture, même s’il en existe probablement d’autres.

Les étiquettes familiales : plusieurs enfants d’une même famille peuvent porter une identité ou une étiquette différentes. Par exemple, certaines familles décrètent avoir en leur sein un « enfant intelligent » et un « enfant sensible ». Au fur et à mesure que les enfants grandissent, ces familles ne modifieront pas leur perception de chacun des enfants, quoi qu’ils fassent. C’est ainsi que l’enfant sensible, même s’il a de meilleurs résultats ou récompenses, ne sera pas reconnu pour son intelligence. Ceci peut conduire cet enfant à douter de son intelligence et à croire que la famille a raison alors même que tout est en contradiction avec ces étiquettes plaquées.

Les messages familiaux de supériorité : d’autres familles peuvent soutenir leur enfant tant que la famille et la personne pensent qu’elle est supérieure ou parfaite. Si le sujet grandit et rencontre des situations où il est mis au défi, il peut mettre en doute les perceptions de ses parents et avoir besoin de cacher ses difficultés, afin de ne pas bousculer l’image que la famille a forgée de lui. Avec pour résultat que des difficultés banales que cette personne rencontre peuvent la conduire à penser que ses prestations ne sont que passables, voire médiocres.

Le lien entre les sentiments d’imposture et la réussite

Les sentiments d’imposture sont en relation avec une incapacité à internaliser les réussites passées et présentes. Vous avez beau réussir, cela ne diminuera pas la façon dont vous vous sentez et cela n’atténuera pas votre sentiment d’illégitimité.

Craindre la réussite : des personnes présentant des symptômes du sentiment d’imposture peuvent avoir tendance à sur-internaliser l’échec. Celui qui se sent imposteur peut fuir la réussite,  la responsabilité et la visibilité connexes. Puisque réussir ne fera qu’augmenter le conflit entre le ressenti intérieur et les perceptions venues de l’extérieur.

L’impératif à ne pas rater : il peut y avoir une immense pression à ne pas rater, simplement pour ne pas être « mis à nu ». Ceci conduit à ne pas être capable de profiter de ses réussites et de les internaliser.

Le syndrome de l’imposteur et les femmes de talent

Même si les sentiments d’imposture peuvent être présents chez chacun de nous, on a découvert qu’ils sont associés avec le talent et surtout présents chez des femmes de talent. D’après des expériences sur des étudiants dans une université américaine, les valeurs, les attentes et l’environnement social sont un terreau fertile pour les sentiments d’imposture.

Comportements et croyances perpétuant les sentiments d’imposture

Persévérance : les femmes qui ont du talent travaillent souvent dur pour éviter que l’on ne découvre qu’elles sont en » imposture ». Cet acharnement provoque encore plus de succès et de compliments, ce qui ne fait que renforcer les sentiments d’imposture et les peurs d’être « mise à nu ».

Sentiment de manquer de sincérité : une femme qui ressent des sentiments d’imposture tente souvent de donner à ses supérieurs ou ses enseignants les réponses dont elle sait qu’elles sont attendues d’elle, ce qui lui donne encore plus l’impression de manquer de sincérité.

Recours à la séduction : en lien avec ce qui précède, des femmes talentueuses utilisent souvent leur intuition et leur charme pour obtenir l’approbation et les compliments de leurs superviseurs et cherchent à établir des relations avec leurs supérieurs pour les aider à améliorer leurs compétences intellectuelles et leur créativité. Quoi qu’il en soit, lorsque le maître fait preuve de reconnaissance, naît l’impression que cette dernière est due à la séduction et non à des capacités avérées.

Evitement de la marque de confiance : une autre façon par laquelle le sujet féminin fait perdurer ses sentiments d’imposture consiste à éviter toute confiance en ses propres capacités. Une femme ayant maille à partir avec le sentiment d’imposture peut penser qu’en fait si elle se met à croire en son intelligence et ses compétences elle pourrait être rejetée par d’autres. C’est pourquoi elle va se persuader qu’elle n’est pas intelligente et qu’elle ne mérite pas de réussir, pour éviter tout rejet.

Comment vivre avec le sentiment d’imposture

Si vous nourrissez ce genre de sentiments, cela ne veut pas dire que vous les aurez toute votre vie. Il existe des étapes à franchir afin de réduire ces impressions et y faire face lorsque l’on a à les affronter.

Le soutien : être capable de partager ces sentiments pour comprendre que vous n’êtes pas seul et pour vous confronter à la réalité.

L’identification de ces sentiments : prenez conscience, des situations ou des moments où vous vous mettez dans cette disposition mentale dans laquelle vous vous trouvez dans un sentiment d’imposture. La prise de conscience est le premier pas vers un changement, et ce n’est pas évident car bien souvent nous ne nous rendons pas compte de nos pensées automatiques.

Les pensées automatiques : elles peuvent être définies comme des pensées sous-jacentes, restées sans réponses, qui affectent la façon dont l’on perçoit un événement ou une situation. Ces pensées sont parfois tellement automatiques qu’elles arrivent très rapidement, sans même monter jusqu’à la conscience … et pourtant elles affectent la perception. Un bon exemple d’une pensée automatique impactant le syndrome de l’imposteur serait : « je ne suis pas suffisamment doué ». Cette pensée sous-jacente peut conduire à penser que « tout le monde est plus intelligent que moi » ou « il y a eu une erreur lors de la sélection des candidats ».

Faites votre propre auto-critique. Questionnez ces pensées automatiques et ces sentiments d’imposture et essayez de vous reconnecter à des pensées plus objectives.

Comprendre la différence entre les sentiments et la réalité : certaines personnes tendent à s’imaginer que puisqu’elles pensent quelque chose si intensément, c’est que cela ne peut qu’être la réalité. « si je me sens si stupide ça doit être parce qu’en effet je suis stupide ». Lorsque vous vous surprenez à penser de cette façon, changez votre façon de formuler en disant « le fait que je me sente stupide ne veut pas dire que je le suis réellement ».

Dessin : Liesbeth van der Weide

Dessin : Liesbeth van der Weide

Ceci dit : il est d’autant plus difficile de changer lorsque l’on doute de ses propres capacités. J’en connais un rayon. Mais ça, c’est une autre histoire …

Travailler longtemps sous stress augmente les risques de faire un AVC

D’après une récente étude scientifique (www.mirror.co.uk), travailler 55 heures hebdomadaires font entrer les individus dans une zone de danger augmentant considérablement le risque d’AVC et d’infarctus

Des experts ont découvert que des personnes soumises à une durée de travail de cet ordre présentent 33% de risques de plus de faire l’objet d’un AVC que les salariés aux 35-40 heures. Et augmentent de 13% le risque de développer une maladie coronarienne.

Cette étude, la plus importante dans ce domaine, réalisée en juin 2015, analyse les résultats de 25 enquêtes impliquant plus de 600 000 personnes aux Etats-Unis, en Australie et en Europe.
A la tête de cette étude, le Professeur Mika Kivimaki, de l’University College de Londres, déclare : « le fait de croiser les données de toutes les études disponibles sur le sujet nous a permis d’étudier la corrélation entre le nombre d’heures de travail et le risque de maladies cardiovasculaires avec bien plus de précision que jusque-là ».En 2012, 146 550 patients domiciliés en France ont été hospitalisés pour maladie cérébro-vasculaire. Pour 105 310 patients (72 %), le diagnostic principal était un AVC avéré. L’AVC représente la troisième cause de mortalité dans notre pays.

On ne sait pas bien pourquoi travailler de longues heures représente un tel danger, mais les auteurs suggèrent l’augmentation du stress avec son cortège de comportements dommageables à la santé tels que la consommation excessive d’alcool/tabac, une alimentation déséquilibrée et un manque d’exercice. Lorsque l’on travaille 11 heures par jour, il ne reste pas beaucoup de temps pour faire autre chose que de manger et dormir.

Je rappelle qu’en France, que l’on soit un salarié mensualisé ou au forfait, il est interdit de travailler plus de 10H par jour et qu’il faut respecter 11 heures d’amplitude entre 2 jours de travail. Celui qui travaille 11H par jour, pour peu qu’il ait 2H de transport, n’a plus du tout le temps à consacrer à des activités personnelles et surtout à sa famille.
Il n’en demeure pas moins que le Dr Mike Knapton, de la British Heart Foundation, souligne qu' »il faut approfondir la recherche pour comprendre et traiter les mécanismes biologiques susceptibles d’augmenter le risque d’AVC et de maladie coronarienne chez les personnes travaillant beaucoup (trop) ».
Et d’ajouter que les médecins doivent souligner l’impact sur le risque cardiovasculaire auprès de leurs patients dont ils savent qu’ils sont de gros travailleurs. Même si, comme le remarque le Dr Tim Chico, un expert en cardiologie de l’Université de Sheffield, « il est difficile, voire impossible pour bien des individus, de réduire leurs heures de travail »La plupart d’entre nous pourrions rester assis moins longtemps, augmenter notre activité physique et améliorer nos habitudes alimentaires tout en travaillant, ce qui pourrait être encore plus important que le temps passé au travail lui-même.

Il s’agit donc de réfléchir à la question de l’environnement de travail, comment le modifier pour promouvoir des comportements favorables à la santé afin de réduire les AVC même lorsque l’on travaille de longues heures.

Un AVC : de quoi s’agit-il ?
Il s’agit d’une urgence vitale qui se traduit par un déficit d’alimentation en sang d’une partie du cerveau. Il est essentiel d’agir très rapidement, les chances de récupérer étant proportionnelles à la rapidité d’intervention.


Dans 85% des cas, ces accidents sont dus à la présence d’un caillot sanguin logé dans le cerveau ou à une hémorragie due à un vaisseau sanguin affaibli qui éclate dans le cerveau.

Signes d’alerte
Le visage peut se paralyser pour moitié. La personne peut ne plus soulever l’un de ses bras, son débit de paroles est modifié. Auquel cas, appelez le 15.

Pour plus d’informations : consulter le site de l’Inserm.
Le détail des données statistiques de cette étude sont disponibles sur le journal médical The Lancet.

Photos Lucas Pintor – Whangarei Falls, NZ

Formatrice consultante

Intelligente
Pertinente
Impertinente
« Poil à Gratter »Odile
Drôle
Sensible
Douée
Pédagogue
Empathique
Généreuse

Tu étais tout cela à la fois et tellement d’autres choses encore …
Je te rends hommage à chaque fois que je délivre une formation sur les RPS. Je pense à l’ironie du sort en faisant cela.

"Mystery" - Emmy Verschoor Acrylique et encre sur papier 18x27 cm

« Mystery » – Emmy Verschoor
Acrylique et encre sur papier 18×27 cm

Tu manques à beaucoup de confrères, Odile. Du Sycfi et d’ailleurs. Et tu me manques.

Reprendre le travail après un burnout

Source : http://www.stressdirections.com

Troublant. Patrick Drouin

Troublant.
Patrick Drouin

Si lors de votre prise de poste, au début, il vous semble tenir la solution à tous vos problèmes, si vous développez de fortes attentes, d’immenses espoirs, et si ce que vous avez envie de faire par-dessus tout c’est de vous surpasser au travail, méfiance. Vous êtes candidat au stress professionnel le plus insidieux et le plus dramatique qui soit, le burnout, c’est à dire un état d’épuisement physique, émotionnel et mental provoqué par des aspirations irréalistes et des objectifs illusoires et impossibles à atteindre.

Le risque de faire un burnout augmente drastiquement en fonction de la personnalité de l’individu, de l’environnement de travail et de la nature du poste. Si êtes doté d’une forte capacité de travail et que vous êtes à 110% en permanence, si vous êtes idéaliste, auto-motivé, orienté résultats par tous les moyens, acharné, persévérant, vous êtes un candidat potentiel. La même chose vaut si vous êtes perfectionniste au point de vous fixer des repères et des exigences irréalistes. Dans un emploi à faible reconnaissance, où les rétributions sont sans rapport avec le travail bien fait, si votre métier est un métier de contact ou un métier à échéances à enjeu, le passage du stade de candidat possible à candidat probable au burnout est quasiment irrémédiable. La route vers le burnout est pavée de bonnes intentions. En soi il n’y a rien de répréhensible à être idéaliste, travailleur, perfectionniste et de vouloir réussir du fait d’une grande motivation et d’un fort respect de la valeur travail, et il n’y a aucune objection à avoir des ambitions et des attentes. On le sait, ces traits de caractère sont jugés comme remarquables et sont valorisés dans notre culture. Là où ça dérape, c’est lorsque l’on touche au manque de réalisme. Des ambitions et des exigences professionnelles excessives envoient tout droit la personne vers la frustration et l’échec. La personnalité du candidat au burnout le ou la maintient dans un effort résolument intense jusqu’à l’implosion.

Le burnout procède par étapes qui se mélangent et se combinent entre elles de façon si peu perceptible que la victime se rend rarement compte ce qu’il lui arrive, même très tard.

Voici les étapes communément décrites pour un burnout :

La lune de miel

Pendant cette phase, tout est extraordinaire. La personne a une énergie sans bornes et son enthousiasme rend tout possible. L’individu adore son poste et réciproquement, elle a l’impression que ce poste va répondre à tous ses besoins et désirs et résoudre toutes ses difficultés. L’individu est enchanté aussi bien par ce métier, ses collègues que l’entreprise où il évolue.

La prise de conscience

La lune de miel fait place à l’étape qui consiste en la prise de conscience du fait que les attentes initiales étaient irréalistes. Le poste n’évolue pas de la façon imaginée et rêvée, il ne répond pas à tous les besoins, les collègues et l’entreprise sont de moins en moins parfaits, les récompenses et la reconnaissance sont souvent les grands absents.

Alors que désillusion et déception enflent, l’esprit de l’individu devient embrouillé. Quelque chose  ne va pas, mais impossible de mettre le doigt dessus. En l’espèce la personne se met à travailler encore davantage pour transformer son rêve en réalité. Mais travailler plus ne change rien et une fatigue de plus en plus intense s’installe, accompagnée de lassitude et de frustration. L’individu remet en question ses compétences, sa légitimité et commence à perdre sérieusement confiance en elle.

Le Brownout (chute de tension)

La tension baisse, et en corollaire l’enthousiasme initial et l’énergie cèdent la place à une fatigue chronique, une propension à être irritable. L’alimentation, le sommeil se modifient et l’individu se réfugie dans des comportements de fuite de type excès de boisson, drogues, sorties nocturnes ou frénésie acheteuse. On assiste à une perte de faculté à prendre des décisions, à une productivité en chute libre. La qualité du travail se détériore et collègues et supérieurs hiérarchiques ne manquent pas de le remarquer.

S’il n’y est pas mis fin, le brouwnout glisse sans remords vers ses ultimes étapes. L’individu est de plus en plus frustré et en colère et attribue aux autres la cause de ses difficultés. Il devient cynique, détaché et ouvertement critique envers l’organisation, ses supérieurs et ses collègues. Il fait l’objet d’une dépression, d’une angoisse et d’un mal-être physique. Les drogues et l’alcool viennent ajouter au problème.

Le Burnout complet

Sauf prise de conscience de dernière minute qui puisse mettre fin au processus ou à moins que quelqu’un n’intervienne, le browout évolue inexorablement vers un burnout complet. La caractéristique de cette étape finale est le désespoir. Ceci peut durer dans le meilleur des cas quelques mois mais la plupart du temps il est question de trois ou quatre ans. Le sujet se sent accablé par un sentiment d’échec et par une perte dévastatrice d’amour propre et de confiance en soi. Dépression, solitude et vide absolu sont le lot de la personne en burnout.

La vie a perdu tout son sens et on ressent un pessimisme paralysant envers le futur, le sentiment d' »à quoi bon ». La personne évoque l’idée de « simplement partir et s’extraire de là ». Elle est épuisée physiquement et mentalement. Des dépressions physiques et mentales sont à craindre. Suicide, AVC, infarctus sont assez fréquents à ce stade ultime de ce qui au début n’était qu’attentes et espoirs démesurés, énergie, optimisme et enthousiasme.

Le phénomène Phénix

Vous pouvez renaître, façon Phénix, des cendres du burnout, mais cela prend du temps. Tout d’abord, il faut du repos et de la détente. Ne pas emporter de travail chez soi, de toutes manières dans un tel état le travail ne se fait pas, et donc vous vous sentiriez de plus en plus coupable et paresseux, alors que vous êtes malade.

Il s’agit d’accepter son attitude, sa colère, son manque de discernement, sa frustration, sa déception, sa dépression, son angoisse, son manque de légitimité et son échec supposés comme faisant partie intégrante du tableau du burnout et cette acceptation est une étape nécessaire à la guérison. Il peut être utile de trouver quelqu’un avec lequel évoquer sa détresse. Un compagnon, un ami de longue date, un coach, un thérapeute. Il est important que chacun comprenne que l’idée est simplement de parler et non pas de trouver la solution pour la personne impactée.

Revenir au travail avec un burnout implique que l’on réajuste ses attentes vis à vis du poste que l’on va reprendre et que l’on revoie ses objectifs. Il s’agit de réviser ses aspirations et ne pas tenter d’être ou de faire ce qui est dicté par autrui, qui est le meilleur moyen de continuer à se sentir frustré et à alimenter le burnout.

Revenir au travail suppose que l’on ait pris du repos, du repos encore et encore

Forêt de Coye Patrick Drouin

Forêt de Coye
Patrick Drouin

Le plus important : il s’agit de trouver un équilibre de vie, d’investir davantage en son temps libre, sa famille, son cercle d’amis, ses activités sociales et ses loisirs. Il faut se déployer de façon à ce que le travail n’ait plus cette influence omniprésente et cet impact délétère sur l’image et la confiance en soi.

 

et si le plus difficile dans le travail c’était le trajet ?

Des études mettent un évidence une forte corrélation entre temps de trajet et bien être de l’individu. Ceux d’entre nous qui utilisent beaucoup les transports tendent à être moins satisfaits de leur vie ; nous avons l’impression que ce que nous faisons manque de sens ce qui, et ça se comprend, nous rend frustrés. Principalement, ceux qui prennent les transports se sentent stressés, même en l’absence de perturbations, ce qui, reconnaissons-le, devient rare en région parisienne.

Pourquoi ce stress ? Tout d’abord, l’utilisation des transports en commun tend à nous rendre nerveux, dans tous les sens du terme. Se déplacer c’est se retrouver coincé dans des encombrements, se voir confronté à des retards de bus, se trouver serré comme une sardine dans un train, devoir si l’on prend le vélo esquiver les automobilistes déjà bien stressés, quant à marcher, l’opération peut se transformer en un bizarre sprint pour peu qu’on soit en retard. Quel que soit le mode de transport, chacun devient dépendant d’autrui, façon dominos, s’énervant à la moindre faille et craignant leurs erreurs des autres qui ne manqueront pas de nous retarder. Même marcher peut devenir agaçant quand la nature s’y met en plus du reste, par exemple en invitant la pluie au scenario déjà complexe.

 

Merci à Isabelle Blanzy

Merci à Isabelle Blanzy

Ce stress se traduit par des plaintes physiques attribuées aux contraintes des déplacements. Ceux qui subissent les transports ont moins de temps pour pratiquer régulièrement de l’exercice, sauf s’ils habitent à une distance de leur travail leur permettant de s’y rendre à pied ou s’ils décident de braver à vélo les rues encombrées. Le plus souvent, l’on substitue à la saine nourriture maison des surgelés ou plats à emporter. Ceux qui empruntent les transports présentent davantage de cervicalgies et sont plus enclins à  l’insomnie. Aucune de ces conséquences n’est favorable à une bonne santé mentale et toutes ont tendance à augmenter les niveaux d’angoisse de façon plus ou moins prononcée.

Il existe en outre une autre facette à ce stress : les transports ont conduit à une dégradation perceptible de l’identité, en particulier dans les zones urbaines où les transports provoquent une atomisation sociale aliénante. Les allers et retours quotidiens fragmentent nos communautés, nous isolant de la sérénité que nous pourrions puiser d’un soutien mutuel. Chacun devient une poche d’insatisfaction solitaire et oublie qu’il pourrait faire confiance au voisin pour lui demander de l’aide, des conseils, ou juste pour évacuer le trop-plein du quotidien. Que l’on soit isolés dans nos véhicules individuels, que nous subissions la subtile odeur corporelle émanant du co-voyageur de métro ou que nous fassions partie de ceux qui font chaque jour la course folle pour arriver le premier, nous prenons le risque d’oublier le sens de l’humanité partagée avec ses pairs. Se dessine nettement ici la solitude de la foule : la masse grandissante de visages tendus et épuisés se trainant vers et depuis le bureau et qui fait de nous des êtres aussi seuls que sur une ile déserte.

Paradoxalement il semblerait que pour le peu de personnes dont les temps de trajet quotidien sont supérieurs à trois heures, les niveaux de stress issus des transports disparaissent. Peut être devient-on alors résigné ou bien, les délais augmentant, se sent-on moins obligé de micro-manager les paniques de dernière minute lorsque le voyage ne se passe pas exactement comme prévu. Cette apparente contradiction peut aussi être le résultat d’une sorte d’illumination qui rapproche les voyageurs longue distance pour les installer dans une forme de camaraderie, puisqu’ils se savent unis par leur expérience commune et quelque peu hors normes.

Et donc, comment faire baisser la tension induite par les transports ? Ca peut être aussi simple que de parler à la personne d’à côté, à condition que ses écouteurs vissés sur la tête ne l’empêchent pas de vous entendre …

 

Travailler vite, travailler bien, travailler trop …

LA SURCHARGE DE TRAVAIL  REND IMPRODUCTIF
(d’après une étude du Dr Travais Bradberry)

Etre débordé a quelque chose à voir avec l’honneur. La pensée ambiante définit une corrélation entre surcharge, performance et forte capacité de travail. Alors que la surcharge de travail a un impact négatif sur la productivité.

Penser à une personne très occupée, évoque instantanément l’image d’un téléphone qui sonne, d’une avalanche d’emails et d’un planning sur le point d’éclater avec sa cohorte de projets importants et annexes qui se télescopent. Une telle situation se solde par un comportement multitâches et par des interruptions très dommageables à la productivité.

“Méfions-nous de la stérilité d’une vie sur-occupée” -Socrate

David Meyer, de l’Université de Michigan, a récemment publié une étude qui met en évidence que le fait de passer d’une activité non finalisée à une autre augmente le temps nécessaire à terminer chacune des deux activités de 25%. D’après Meyer, faire plusieurs choses simultanément ralentit le travail. Les interruptions et digressions sont dommageables dans la capacité de chacun à intégrer et traiter l’information.

Microsoft, qui a décidé d’étudier ce phénomène auprès de ses salariés, a découvert qu’il leur fallait pas moins de 15 minutes pour se remettre sur leurs projets importants (rédaction de rapports, codage informatique) à chaque fois qu’un mail, un appel ou un sms les tirait de leur concentration. Ce n’est pas le traitement des messages entrants qui leur prenait 15 minutes, mais leur irruption qui conduisait les employés, du coup, à se laisser aller à d’autres tâches, entre autres surfer sur la toile pour le plaisir.

La facilité avec laquelle les gens se laissent distraire et le temps important requis pour qu’ils retournent à leur travail sont surprenants, dit Eric Horvits, responsable de recherche scientifique chez Microsoft en charge de cette étude. « Si c’est à ce point chez Microsoft, aucune raison que ce ne soit pas la même chose ailleurs ».

Indépendamment des interruptions possibles, le fait d’être surchargé de travail réduit la productivité car un goulet d’étranglement, logé dans le cerveau, empêche de se concentrer sur deux choses simultanément. Tenter de faire deux choses à la fois fait que l’on se heurte au manque de capacité du cerveau à réussir pleinement les deux actions. Dans une étude déterminante, René Marois et son équipe de l’Université Vanderbuilt a utilisé des IRM’s pour prouver que ce goulet d’étranglement est une cause purement physique.

“Nous nous imaginons que nous avons ce cerveau pour faire plus que ce qu’il est possible », indique Marois.

Nous adorons tellement être multitâches que nous pensons être plus productifs, alors même que notre cerveau n’en est pas capable, d’un point de vue purement physiologique. Peu importent nos croyances, obtenir le meilleur niveau de productivité suppose de faire des plannings de manière à pouvoir nous concentrer efficacement sur la tâche en cours, à l’exclusion de toute autre.

La pratique de la pleine conscience développe la capacité à se concentrer en augmentant la densité du cerveau dans le cortex limbique antérieur. Le mode multitâches vient en opposition au fonctionnement de cette zone critique du cerveau. Des chercheurs de l’Université de Sussex ont comparé le temps que des individus passent sur plusieurs activités simultanément (regarder la télé tout en rédigeant des sms) en étudiant leur cerveau sous IRM. Ils découvrirent que ceux qui multiplient les tâches présentent une moindre densité de leur cerveau dans la zone limbique ; tout se passe comme si être occupé constamment, en particulier à faire plusieurs choses simultanées, entraînait le cerveau à être moins affuté et productif.

Ces découvertes ne devraient pas vous être totalement étrangères, nous avons tous vécu l’effet déconcentrant qu’entraînent plusieurs tâches à la fois lorsque l’on est très occupé. Alors pourquoi continuons-nous à le faire ?

Des chercheurs de l’Université de Chicago ont la réponse. Ils ont  découvert que la croyance associant le fait d’être très occupé et de travailler beaucoup au succès est tellement répandue et ancrée qu’en réalité l’inactivité fait peur. Une étude récente utilise l’expression « aversion de l’oisiveté » pour décrire la façon dont les individus sont attirés par le fait d’être très occupés, sans se préoccuper de l’impact négatif sur leur productivité.

Ces chercheurs ont également mis au jour le fait que nous utilisons la surcharge de travail pour nous préserver de notre propre paresse et par peur d’échouer. Nous consommons du temps de qualité à faire des choses qui ne sont ni utiles ni importantes parce que cette surcharge nous fait nous sentir efficaces. Par exemple, le fait de répondre à des mails sans intérêt tout en sachant qu’un projet à enjeu est en instance et qu’il faut le terminer pose question. C’est dur, mais il est nécessaire de sortir du déni lorsque l’on recourt à des activités insignifiantes pour se protéger de la flemme ou de la peur. Cela veut dire quelque chose.

Merci à Patrick Drouin

En résumé

Nous voulons tous être très occupés malgré le fait que cela aille à l’encontre de notre productivité. La réalité et la science montrent toutefois qu’il est impératif de revoir son rythme pour sa propre santé. A défaut, les conséquences peuvent être sévères.

Je pense à notre génération Y et Z qui ne sait faire que ça : étudier ses cours en regardant ses sms, diner en amoureux en téléphonant …

Etes-vous accro au travail ?

Source : http://www.sortirdutravail.org

Aujourd’hui jour de flemme, je me contente de reprendre un extrait d’un article intéressant qui montre comment on porte en germe son propre burnout. Les questions sont à replacer dans un contexte où la crise et  la peur réelle de perdre son travail et de se trouver en difficultés est susceptible de créer des vocations.

Voici traduites les vingt questions des Workaholics Anonymous américains. Si vous répondez oui à trois ou plus de ces questions, il se peut que vous ayez une dépendance au travail.

  1. Etes-vous plus enthousiaste pour les activités professionnelles, que familiales ou autres?
  2. Y a-t-il des moments dans lesquels vous pouvez avancer très vite dans votre travail, et d’autres moments où vous n’y arrivez pas?
  3. Emmenez-vous votre travail au lit avec vous, le soir? Les weekends? Pendant les congés?
  4. Votre travail est-il l’activité que vous aimez le plus, et dont vous parlez le plus?
  5. Travaillez-vous plus de 40 heures par semaine?
  6. Transformez-vous vos hobbies en activités lucratives?
  7. Endossez-vous l’entière responsabilité envers les résultats de votre travail?
  8. Votre famille et vos amis ont-ils abandonné l’idée de vous voir arriver à l’heure?
  9. Faites-vous régulièrement des heures supplémentaires parce que vous craignez qu’autrement votre travail ne sera pas fini?
  10. Sous-estimez vous le temps nécessaire pour un projet, avant de vous dépêcher à la fin pour le finir?
  11. Pensez-vous qu’il soit acceptable de travailler de longs horaires, tant qu’on aime ce qu’on fait?
  12. Vous arrive-t-il de perdre patience avec les personnes qui ont d’autres priorités, extra-professionnelles?
  13. Craignez-vous de perdre votre poste, ou de passer pour un perdant, si vous ne travaillez pas assez dur?
  14. L’avenir est-il pour vous une source d’anxiété constante, y compris lorsque tout va bien?
  15. Dans toutes les activités, vous impliquez-vous avec énergie et compétitivité, y compris les activités en dehors du travail, comme le jeu?
  16. Cela vous énerve-t-il quand quelqu’un vous demande d’arrêter de travailler pour faire autre chose?
  17. Vos longs horaires ont-ils fait du mal à votre famille, et à vos proches?
  18. Pensez-vous à votre travail quand vous êtes au volant, avant de vous endormir, ou pendant que d’autres vous parlent?
  19. Travaillez-vous, ou lisez-vous, durant vos repas?
  20. Pensez-vous que plus d’argent résoudra les problèmes de votre vie?

Quand je lis tout ça je me dis que je dois des excuses à mon fils, à mes amis … A tous ceux que je laisse au second plan … par facilité peut être aussi, après tout, être accro au travail n’est pas une addiction mal vue …

 

Photo Dominique Pinat

Photo Dominique Pinat

Au fait, quels sont les avantages à être freelance ?

Depuis 18 mois que j’ai créé mon activité, et je n’ai jamais été autant chassée pour le secteur marchand. Plusieurs fois. Pour certaines compétences « rares » dont par hasard je dispose. Par le biais de mon réseau. Pour m’associer à des projets. Pour partager mon savoir-faire. Par des chasseurs ayant pignon sur rue.

Alors que le chômeur n’intéresse personne, ce dernier se met en freelance, parce qu’il a quelques scrupules, ne veut pas vivre sur le commun, il redevient l’objet de convoitises.Et c’est tant mieux.

Pour le moment j’ai toujours dit non.

Photo Pascal Thénault

Photo Pascal Thénault

Quand j’en parle autour de moi on me dit : « tu es folle, que fais-tu de la sécurité, de la protection sociale, tu es inconsciente, tu as un enfant à charge. Accepte ». Entre autres.

Oui, en effet, pourquoi quand j’ai quitté mon dernier emploi de salariée avais-je autant la trouille de me mettre en entrepreneur de soi et pourquoi aujourd’hui ai-je la même crainte à revenir en situation de subordination ?

Quels sont les avantages de la « liberté » ?

  • la possibilité de faire un travail éthique, à savoir pouvoir adopter une posture en accord avec soi. Toujours. Sans compromis ni compromission
  • pas de comptes à rendre à une hiérarchie (si ce n’est le percepteur)
  • une importante autonomie procédurale
  • le choix de dire « m… » à un client qui ne vous vaut pas (je rigole) ou qui ne vous convient pas ou qui ne vous comprend pas (ça existe) ; à moins que ça ne soit le contraire
  • l’impératif de toujours se remettre en question, en tant qu’individu et en tant que professionnel
  • la conscience que rien n’est jamais acquis et que justement c’est ça qui est bien
  • la diversité des situations, des problématiques à traiter. Celles d’hier ne sont pas celles de demain, en plus. Ca force à une agilité sans faille
  • l’intérêt des rencontres très diverses, toujours enrichissantes
  • L’impératif de  toujours rester en veille, de s’informer, progresser, de garder le contact avec la réalité du terrain pour la transposer dans sa propre activité
  • l’agilité intellectuelle qui vous pousse dans un cercle vertueux
  • un excellent retour sur investissement en termes de connaissances

J’oubliais : la jouissance à se dire : « yes ! le client me demande autre chose, le client est content, le client revient ». Et puis en écho le plaisir de voir le compte en banque crédité de la somme négociée avec le client. Concrètement, une corrélation très étroite entre la qualité de votre travail et sa rémunération, aucun brouillage, un lien de cause à effet sans discussion possible. Le chemin est tout court, pas d’intermédiaire qui se sert au passage.

Et en même temps :

  • difficile d’avoir un weekend à soi car il y a toujours le client qui vous a commandé une mission à faire pour la veille et que vous ne voulez pas décevoir
  • difficile d’avoir la quiétude d’esprit car votre agenda est très chargé et il faut pourtant du temps pour terminer la session de formation commencée et dont vous voyez l’échéance s’approcher irrémédiablement, difficile de dégager du temps indispensable pour se ressourcer auprès de ses pairs, réseauter, assister à des conférences, voir du monde …
  • difficile de prioriser, compte tenu de tout ce qui précède. Personne ne décide à votre place mais vous devez prendre la décision la plus pertinente, ce qui est par ailleurs tout relatif en fonction de l’époque, des circonstances, des nécessités économiques, d’un collègue qu’on souhaite aider … On procède par itérations successives. Je ne suis pas sûre que ça soit une prérogative réservée à l’entrepreneur de soi ; les cadres des grandes entreprises se plaignent d’un manque d’autonomie dû à un manque de temps pour prendre la meilleure décision
  • inquiétude constante de « demain » : pas de protection perte d’emploi, pas de compensation monétaire en cas de maladie, pas ce certitude quant à la retraite avec ce qui se dit sur le RSI en ce moment
  • risque de se faire piquer des idées, en particulier quand vous intervenez en tant qu’enseignant/formateur. Quel recours par rapport à votre commettant ?
  • impératif (je l’ai vécu) de « tenir » avec une grippe et 39°C de fièvre sans pouvoir faire semblant, parce qu’en face vous avez un client qui vous a acheté une formation et que vous devez l’assurer. Coûte que coûte alors que votre place est dans votre lit.
  • impératif de fournir une énergie et une concentration inépuisables. Avec le sourire (dans une formation sur les RPS je parle de « conflits de valeurs »). Avoir la pêche.

Alors, repartir en entreprise ? Redevenir salarié ? Quel intérêt ?

  • protection sociale (retraite ? J’ai 54 ans) ; oui pour la maladie dans une certaine mesure. Ou le gros pépin auquel tout le monde pense … pour les autres
  • possibilité de faire une journée « en faisant semblant » ; quand on a un peu d’amour-propre ce n’est pas tellement satisfaisant
  • avantages divers inégaux en fonction des secteurs : tickets restau, mutuelle, prévoyance, assurance RC, tout ce que le freelance doit financer lui même (ce qui justifie des honoraires plus élevés, quoique)
  • accès (de moins en moins) à de la formation présentielle plutôt que d’aller au-devant de la formation de façon proactive et souvent virtuelle ; formation sur étagères peut être mais tellement moins consommatrice d’énergie
  • Reconnaissance sociale : « vous en êtes », surtout si vous intégrez une entreprise « connue » (pas forcément pour les bonnes raisons).

Alors, que faire ? Répondre aux sirènes de l’amour-propre en se disant « j’ai été chassée, ouah, j’y vais » ? Rester en libéral, entreprise avec son lot de solitude, de doute mais permettant chaque matin de se dire : ce que j’ai gagné je le dois à ma compétence, ma relation personnelle client, ma personnalité, ma différence … Et à moi-même uniquement.

Qu’est-ce qui fait qu’un freelance reste freelance ? Par choix ? Et donc quelqu’un qui retourne en entreprise donnerait-il par là l’aveu que son activité freelance, loin d’être un choix l’a été par défaut ? Est-ce si simple ?

Je suis aujourd’hui face à un choix ; et j’ai du mal à trancher. Si : mon fils a eu un sourire jusqu’aux oreilles quand je lui ai dit que j’étais en bonne voie pour un CDI. Mais décide-t-on de son avenir pour rassurer son fils ?

La question, en ce qui me concerne, reste entière

Tribulations d’un consultant formateur en France …

Photo : Patrick Drouin

Photo : Patrick Drouin

 

Tous les consultants formateurs indépendants le savent : suite à la réforme du 6 mars 2014, les organismes de formation ont perdu beaucoup de contrats ; entreprises attentistes, incompréhension et inadaptation du CPF, manque de lisibilité sur l’action exacte du CEP …

Beaucoup d’organisations n’y comprennent rien. Les salariés, chômeurs, jeunes, séniors, apprentis … ne voient pas l’intérêt, s’en fichent, n’en font pas une priorité. Combien se sont inscrits sur http://www.moncompteformation.gouv.fr ?

Plusieurs de mes confrères et en particulier par la voix du SYCFI (Syndicat des Consultants Formateurs Indépendants) ont dénoncé le problème en haut lieu. Plusieurs gros centres de formation ont été pointés du doigt pour avoir baissé d’autorité de 30% les honoraires de leurs formateurs et certains petits organismes ont d’ores et déjà mis la clé sous la porte.

Dans un contexte de 3,5 millions de chômeurs, voilà une mesure pour le moins … radicale.

Je ne vais pas ajouter au débat. Simplement vous raconter quelques anecdotes qui illustrent à quel point la situation est tendue et combien les consultants formateurs sont fragilisés par leur statut ou plutôt leur manque de statut. Je vous laisse deviner, parmi les diverses situations, celle à laquelle j’ai personnellement été confrontée.

En effet, au-delà de ce changement radical de paradigme en termes de formation, on peut dire que les organismes de formation eux-mêmes auraient des progrès à faire en matière d’étiquette et de rigueur.

Situation n° 1 :
Un OF demande à une consultante de bloquer 6 journées en juillet. Ce qu’elle fait volontiers, chiffre d’affaire en jeu de 3 600 euros. Entre-temps elle refuse un certain nombre de missions car la parole donnée prime lorsque l’on est professionnel. 3 semaines avant la date des sessions, son correspondant l’appelle pour lui dire que les journées sont annulées faute d’un nombre suffisant de stagiaires. Il s’agit d’un organisme qui paie bien et ouvre ses stages dès qu’il y a 2 inscrits, donc qui n’hésite pas à travailler à perte. On voit bien que désormais l’effort de formation du côté des organisations s’effrite. Aucun dédommagement n’est prévu pour le formateur. Certes l’organisme de formation a un manque à gagner mais côté consultant, c’est un peu David contre Goliath.

Situation n° 2 :
Un consultant reçoit en avril une grille avec des intitulés de modules et des dates sur lesquels il est invité à se positionner. Mon confrère inscrit les dates sur lesquelles il peut intervenir. En prenant soin de demander au courtier (car ce n’est pas l’organisme en direct qui a fait la demande) de lui confirmer si oui ou non il doit considérer ces dates comme fermes.
Ne voyant pas de réponse venir, le consultant accepte d’autres missions sur la première série de dates prévues. Lorsque le courtier revient vers lui en lui confirmant que la première session, prévue pour octobre, est ouverte, mon confrère s’est engagé ailleurs, en l’absence de confirmation formelle. Le courtier lui reproche son manque de sérieux ; or l’organisme de formation, de son côté, ouvre la session uniquement quand il détient un quota d’inscrits. Pas de scrupule, dans le cas contraire, à dire au consultant « désolé, pas assez de monde ». Que doit faire le consultant ? Bloquer des dates qui restent aléatoires ? Au risque de perdre des commandes plus certaines ? Pourquoi serait-il la variable d’ajustement et pourquoi cela n’irait-il que dans un sens ?

Situation n° 3 :
Une formatrice s’engage sur une vingtaine de journées dans une école. Elle ne signe rien mais prend un engagement formel et elle est très rigoureuse. De son côté l’école ne donne aucune autre garantie qu’orale et lui signifie que la commande sera ferme le jour où il y aura suffisamment d’inscrits.
Entre-temps, la formatrice apprend que son fils développe un problème de santé préoccupant qui l’oblige à repenser son emploi du temps et l’environnement dans lequel elle souhaite voir vivre son fils, en l’occurrence en province, à la campagne, et à proximité de son père ; elle décide de se tenir éloignée quelque temps de la région parisienne pour s’occuper de son fils et lui offrir toutes les chances d’aller mieux.
Ennuyée malgré la situation personnelle compliquée qu’elle traverse, alors que les sessions ne commencent qu’en novembre, un peu de temps pour se retourner quand même, elle envoie à sa correspondante de l’école l’email suivant :

« Madame, de très gros soucis personnels me tiennent éloignée de Paris pour 6 mois au moins. En conséquence, il ne me sera pas possible d’assurer les cours que vous m’aviez proposés. J’ai pensé faire des allers-retours afin de les assurer quand même, mais la distance, 800 km, et le coût, rendent cette option irréaliste. Je suis désolée, mais croyez bien que je me serais passée des soucis qui me retiennent à R. Bien cordialement. »
Réponse de la responsable pédagogique :
« Rien que ça, chère Madame ? ».

Oui, voilà aussi une facette de la vie de consultant formateur. Que peut-on y faire ? Pas grand-chose. A un bout, trouver ses propres clients est chronophage, pas toujours à la portée du consultant employeur de soi, à l’autre bout nombre d’organismes de formation, et ceci est encore plus vrai s’ils passent par des courtiers, considèrent les consultants indépendants comme des variables d’ajustement, sans état d’âme, car ils ne sont pas salariés. En revanche, un consultant qui  se désiste, pour des raisons parfaitement légitimes puisque former est son gagne-pain, est rayé des cadres.