Recherche d’un nouveau poste : soyez stratège face à un chasseur de tête

Voici comment vous positionner en stratège

Quiconque se présente à un entretien pour un nouveau poste se trouve confronté à des conflits intérieurs et des paradoxes durant le process de recrutement. Alors qu’ un premier entretien s’est merveilleusement bien passé, le second s’avère décevant. On se sent alors amoindri et le fait de rencontrer de nouveaux interlocuteurs interfère par rapport à ce qui est attendu par l’employeur, par exemple de par des questions  sur des sujets déjà abordés  ; la confiance en soi disparaît d’un coup.

En tant que candidat, vous vous retrouvez durant la procédure de recrutement au contact de personnes aux enjeux différents. Chaque entretien vous soumet à des formes de profilage divergents. Les divers interlocuteurs ont en tête des enjeux qui leur sont propres et s’intéressent à des points spécifiques de votre personnalité. Le fait que le premier entretien ait très bien marché ne veut pas dire que la suite sera aussi évidente et satisfaisante. Vous êtes passé au crible.

Voici comment vous positionner en stratège pour décrocher le poste.

Le chasseur est votre allié

La première personne avec laquelle vous aurez un contact, c’est le chasseur. Son rôle est de satisfaire à la fois son client et son candidat. Il cherche, en deux mots, un CV pertinent. Si vous lui demandez à l’issue du premier entretien ce qu’il pense de votre candidature et quelles sont vos chances, et alors même que la réponse sera probablement positive, ne vous faites aucune illusion. Cette question ne sert pas à grand chose. Il vaut mieux tenter de récupérer autant d’information que possible à propos de ceux qui vont vous interroger ultérieurement si le process continue pour vous.

Lorsque l’on postule, il est impératif de maîtriser trois styles de communication. Vous avez besoin de savoir comment est organisée la procédure, de savoir s’il s’agit d’une création de poste et s’il existe au sein de l’organisation des résistances vis à vis de la fonction ou vis à vis du département au sein duquel ce poste est à pourvoir. Renseignez-vous sur qui vous allez rencontrer au prochain tour. Quels seront leurs points de vigilance ?

Essayez de le savoir.

 Vous êtes devenu l’allié du chasseur, parce que votre succès et la suite du trajet conditionneront son bonus. N’hésitez donc pas à lui demander des astuces et des pistes par rapport au deuxième entretien. Notez systématiquement ce que vous avez retenu de l’entretien ; notez les questions que l’on vous a posées. De toutes façons, prendre des notes pendant un entretien est toujours bien perçu.

Le deuxième entretien

On peut croire que RH et recrutement se confondent, mais en fait ces fonctions s’opposent. Les collaborateurs de la RH sont depuis toujours mobilisés par la compliance et les process. Ils travaillent de façon structurée et ont souvent un mode de pensée réactif et dans l’évitement. Ils sont concentrés sur le détail et sur l’humain.

Il est possible pour ce deuxième entretien qui sera RH que votre interlocuteur ne veuille savoir que deux ou trois choses sur vous. Vous devriez connaître ces questions car elles sont implicitement annoncées dès l’offre d’emploi. Il s’agit de certaines compétences que vous devez détenir et qui vont être testées lors de cet entretien. Par exemple : êtes vous résistant au stress ? Les questions vont porter sur des thématiques qui peuvent ou pas vous déstabiliser. Dans ce genre d’entretien destiné à valider les savoir-faire et savoir-être par rapport au poste, on attend de vous que vous soyez concis et synthétique.

S’il s’agit d’un entretien face à plusieurs personnes, faites en sorte d’établir un authentique contact visuel avec chaque interlocuteur. Il peut se trouver, parmi eux, quelqu’un de particulièrement silencieux, ce qui peut être  une  tactique. L’idée est d’examiner la façon dont vous allez venir chercher la personne dans l’entretien. Si vous vous rendez compte qu’il n’y a pas beaucoup voire quasiment pas de contact entre les divers interlocuteurs il se peut que l' »utilisateur final » ait lui-même fait appel au chasseur mais qu’il ait l’obligation de faire passer le candidat par la case RH. En tant que candidat, à un moment ou à un autre, on entre en contact avec les conflits et les contradictions internes à l’organisation. Il est utile de s’en apercevoir.

Pour s’en apercevoir, entre autres, il est important de savoir gérer trois styles de communication :

3 styles à bien maîtriser

1. Le style humain
Apporter la preuve, faire confiance et se préparer sont les maîtres mots. Prouver en apportant les diplômes et certificats, mais aussi en donnant des exemples tirés de votre expérience. Comment avez-vous géré telle situation ? Comment a réagi l’autre ? Le style se trouve aussi dans les détails, par exemple votre faculté à vous montrer calme et posé en entretien, votre propension à savoir écouter. Savoir laisser s’installer le silence, savoir maintenir le contact visuel, éviter de (trop) sourire. Pour montrer que vous vous êtes préparé, n’hésitez pas à venir au rendez-vous muni d’une copie de l’annonce ainsi que de votre CV. Cela démontrera le soin que vous mettez à vous présenter pour un éventuel poste.

En tant que candidat, vous entrerez en contact, pendant le process de recrutement, avec des enjeux différents.

 2. Le style professionnel
Evitez les longs discours, restez concis, factuel. Ce sont ici  le professionnalisme, les chiffres et les faits qui sont au centre du discours. Montrez votre valeur, votre rapidité, votre souci du résultat.  Montrez votre motivation et reliez-là aux qualités recherchées dans l’offre d’emploi. Vous êtes énergique ? Montrez-le au travers de votre posture et de votre façon d’aborder des questions sensibles. Entrepreneur ? Racontez les initiatives que vous prenez. Veillez s’il s’agit d’une fonction commerciale à parler montants, bonus, prix, pourcentages. Il est possible également que l’on vous soumette à un test de résolution de problème sous la forme de : « imaginons que … ». Faites attention à votre débit de parole et à utiliser à bon escient les moments de silence aménagés par votre interlocuteur.


3. Le métastyle

Il s’agit de la communication à propos de la communication. « Ai-je suffisamment développé ce point ? » ; « Puis-je vous donner un exemple ? » ; « permettez-moi de vous poser une question rapide avant de répondre à la vôtre ». C’est un style que l’on retrouve beaucoup chez les animateurs TV. Mettez des mots sur des situations : « je vois que ça vous touche / vous perturbe un peu ». Cela ressemble à un présupposé, mais exprimer un ressenti permet ensuite d’en parler, de le développer. « j’ai le sentiment de ne pas complètement vous convaincre » est à tenter pour donner à l’entretien une tournure complètement différente.

En restant particulièrement concentré sur les enjeux au sein des organisations, en jouant des différentes styles de communication et en appliquant le métastyle pour dire ce que vous pensez ou ressentez, vous disposerez d’une grande force tout au long du parcours de recrutement.

Photo : Raoul van der Weide

Rupture amoureuse : Comment je vais pouvoir aller travailler, moi !

Crédit : Pascal Thénault

Il est difficile de compter sur beaucoup de compréhension de la part de ses collègues et managers dans le cas d’un chagrin d’amour alors que c’est extrêmement douloureux. Comment faire ?

Lors de la parte d’un proche, tout le monde considère qu’il est tout à fait normal de prendre du temps pour digérer cette perte. Les collègues et les supérieurs acceptent le fait que vous soyez moins concentré, que vous préfériez travailler depuis chez vous ou bien que vous preniez quelques jours pour vous retrouver en famille. Ou vous retrouver tout court.

Dans le cas d’une rupture amoureuse, il en va tout autrement. Il se peut même que votre entourage professionnel vous en veuille du fait que vous vous autorisiez à vous laisser influencer dans votre travail par un état émotionnel issu de votre vie privée, alors que la douleur et le chagrin peuvent être équivalents en intensité que dans le cas d’un décès. Comment faire, alors, pour parvenir à surmonter un chagrin d’amour ?

Surmonter une peine de coeur au travail : 5 points clé

On a le droit d’avoir du chagrin, mais pas de mettre en jeu son emploi. C’est pourquoi n’en veuillez pas à votre entourage ou votre environnement professionnels s’ils vous semblent un peu indifférents , mais essayez de traverser vos journées le mieux possible. Heureusement nous savons tous qu’un chagrin d’amour évolue vers quelque chose de moins violent pour finir par disparaître, même si « au début » on ne pense pas que ce soit possible.

Et dans une telle situation de désarroi, comment parvenir à passer la journée ?

1. Sortez du lit. MAINTENANT !
Rester au lit à ruminer sa peine est très tentant. Mais ce n’est pas une bonne chose. Comment s’en sortir dans ces conditions ? Mettez votre téléphone en charge à l’autre bout de la maison ou de l’appartement. Quand l’alarme se déclenche, vous êtes obligé de vous lever pour l’arrêter. Une fois debout, vous êtes debout. La douche, et au boulot, au lieu d’attendre un SMS qui ne viendra pas, de vous dire que cela fait X jours que ce SMS ne vient pas et se mettre à pleurer.

2. Faites appel à un collègue
Vous avez peut être une très bonne relation avec votre manager, mais il vaut mieux partager les côtés désagréables de votre rupture avec quelqu’un d’autre. Vous devez montrer que vous savez prendre du recul par rapport  à ce qui se passe au fond de votre coeur et il n’est pas souhaitable que plus tard vos difficultés soient mises sur la table lors de votre entretien d’évaluation. Préférez donc vous en remettre à un collègue fiable, d’un niveau hiérarchique équivalent, et qui ne peut pas se positionner en concurrent. Il ou elle peut éventuelement vous donner un petit coup de main si vous prenez un peu de retard au début ou tout simplement vous offrir l’épaule dont vous avez de temps en temps besoin lorsque les larmes vous submergent.

3. Emportez vos affaires de sport au bureau

Peu importe la distance entre les installations sportives que vous fréquentez et votre domicile. Une fois rentré, vous serez de nouveau en plein dans le chagrin et vous n’aurez plus l’élan de ressortir. Donc allez directement faire du sport en quittant le bureau et convertissez vos larmes en sueur. Les endorphines que vous allez produire avec l’effort feront le reste.

4. Souriez et faites des compliments
Vous savez probablement que notre cerveau ne fait pas tellement la différence entre un rire franc et un rire forcé. En se forçant à rire, on finit par rire vraiment. Et lorsque vous diffusez de la gaîté, à un  moment donné vous allez reprendre cette gaîté à votre compte, vous allez vous sentir plus joyeux. Donc : souriez poliment à la personne de l’accueil, félicitez votre collègue de sa bonne prestation en réunion. Peut-etre vous fera-t-on également un compliment qui à son tour vous donnera un peu d’énergie. Vos collègues seront moins enclins à aller dire dans votre dos combien vous allez mal. Nous sommes dans  une société, hélàs, où la peine, le chagrin, sont des sentiments perçus comme négatifs qui vous desservent professionnellement. Alors qu’ils ne sont que des émotions auxquelles nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre.

5. Elaborez un plan d’action
Certaines situations au travail vous font peur ? Réfléchissez à la façon dont vous voulez y réagir. Faites en sorte d’avoir sous la main une réponse standard pour quand des collègues vous demandent comment va votre relation. Que faire si pendant le travail votre ex finit par vous donner un signe de vie ? Bien préparée, cette situation sera bien gérée. Des réactions mûrement anticipées sont le meilleur moyen de maîtriser des réflexes émotionnels que vous aurez indiscutablement à regretter plus tard.

Souvenez-vous : tout finit toujours par s’arranger. Même mal.

Photo  :  Pascal Thénault

et si le plus difficile dans le travail c’était le trajet ?

Des études mettent un évidence une forte corrélation entre temps de trajet et bien être de l’individu. Ceux d’entre nous qui utilisent beaucoup les transports tendent à être moins satisfaits de leur vie ; nous avons l’impression que ce que nous faisons manque de sens ce qui, et ça se comprend, nous rend frustrés. Principalement, ceux qui prennent les transports se sentent stressés, même en l’absence de perturbations, ce qui, reconnaissons-le, devient rare en région parisienne.

Pourquoi ce stress ? Tout d’abord, l’utilisation des transports en commun tend à nous rendre nerveux, dans tous les sens du terme. Se déplacer c’est se retrouver coincé dans des encombrements, se voir confronté à des retards de bus, se trouver serré comme une sardine dans un train, devoir si l’on prend le vélo esquiver les automobilistes déjà bien stressés, quant à marcher, l’opération peut se transformer en un bizarre sprint pour peu qu’on soit en retard. Quel que soit le mode de transport, chacun devient dépendant d’autrui, façon dominos, s’énervant à la moindre faille et craignant leurs erreurs des autres qui ne manqueront pas de nous retarder. Même marcher peut devenir agaçant quand la nature s’y met en plus du reste, par exemple en invitant la pluie au scenario déjà complexe.

 

Merci à Isabelle Blanzy

Merci à Isabelle Blanzy

Ce stress se traduit par des plaintes physiques attribuées aux contraintes des déplacements. Ceux qui subissent les transports ont moins de temps pour pratiquer régulièrement de l’exercice, sauf s’ils habitent à une distance de leur travail leur permettant de s’y rendre à pied ou s’ils décident de braver à vélo les rues encombrées. Le plus souvent, l’on substitue à la saine nourriture maison des surgelés ou plats à emporter. Ceux qui empruntent les transports présentent davantage de cervicalgies et sont plus enclins à  l’insomnie. Aucune de ces conséquences n’est favorable à une bonne santé mentale et toutes ont tendance à augmenter les niveaux d’angoisse de façon plus ou moins prononcée.

Il existe en outre une autre facette à ce stress : les transports ont conduit à une dégradation perceptible de l’identité, en particulier dans les zones urbaines où les transports provoquent une atomisation sociale aliénante. Les allers et retours quotidiens fragmentent nos communautés, nous isolant de la sérénité que nous pourrions puiser d’un soutien mutuel. Chacun devient une poche d’insatisfaction solitaire et oublie qu’il pourrait faire confiance au voisin pour lui demander de l’aide, des conseils, ou juste pour évacuer le trop-plein du quotidien. Que l’on soit isolés dans nos véhicules individuels, que nous subissions la subtile odeur corporelle émanant du co-voyageur de métro ou que nous fassions partie de ceux qui font chaque jour la course folle pour arriver le premier, nous prenons le risque d’oublier le sens de l’humanité partagée avec ses pairs. Se dessine nettement ici la solitude de la foule : la masse grandissante de visages tendus et épuisés se trainant vers et depuis le bureau et qui fait de nous des êtres aussi seuls que sur une ile déserte.

Paradoxalement il semblerait que pour le peu de personnes dont les temps de trajet quotidien sont supérieurs à trois heures, les niveaux de stress issus des transports disparaissent. Peut être devient-on alors résigné ou bien, les délais augmentant, se sent-on moins obligé de micro-manager les paniques de dernière minute lorsque le voyage ne se passe pas exactement comme prévu. Cette apparente contradiction peut aussi être le résultat d’une sorte d’illumination qui rapproche les voyageurs longue distance pour les installer dans une forme de camaraderie, puisqu’ils se savent unis par leur expérience commune et quelque peu hors normes.

Et donc, comment faire baisser la tension induite par les transports ? Ca peut être aussi simple que de parler à la personne d’à côté, à condition que ses écouteurs vissés sur la tête ne l’empêchent pas de vous entendre …

 

Au fait, quels sont les avantages à être freelance ?

Depuis 18 mois que j’ai créé mon activité, et je n’ai jamais été autant chassée pour le secteur marchand. Plusieurs fois. Pour certaines compétences « rares » dont par hasard je dispose. Par le biais de mon réseau. Pour m’associer à des projets. Pour partager mon savoir-faire. Par des chasseurs ayant pignon sur rue.

Alors que le chômeur n’intéresse personne, ce dernier se met en freelance, parce qu’il a quelques scrupules, ne veut pas vivre sur le commun, il redevient l’objet de convoitises.Et c’est tant mieux.

Pour le moment j’ai toujours dit non.

Photo Pascal Thénault

Photo Pascal Thénault

Quand j’en parle autour de moi on me dit : « tu es folle, que fais-tu de la sécurité, de la protection sociale, tu es inconsciente, tu as un enfant à charge. Accepte ». Entre autres.

Oui, en effet, pourquoi quand j’ai quitté mon dernier emploi de salariée avais-je autant la trouille de me mettre en entrepreneur de soi et pourquoi aujourd’hui ai-je la même crainte à revenir en situation de subordination ?

Quels sont les avantages de la « liberté » ?

  • la possibilité de faire un travail éthique, à savoir pouvoir adopter une posture en accord avec soi. Toujours. Sans compromis ni compromission
  • pas de comptes à rendre à une hiérarchie (si ce n’est le percepteur)
  • une importante autonomie procédurale
  • le choix de dire « m… » à un client qui ne vous vaut pas (je rigole) ou qui ne vous convient pas ou qui ne vous comprend pas (ça existe) ; à moins que ça ne soit le contraire
  • l’impératif de toujours se remettre en question, en tant qu’individu et en tant que professionnel
  • la conscience que rien n’est jamais acquis et que justement c’est ça qui est bien
  • la diversité des situations, des problématiques à traiter. Celles d’hier ne sont pas celles de demain, en plus. Ca force à une agilité sans faille
  • l’intérêt des rencontres très diverses, toujours enrichissantes
  • L’impératif de  toujours rester en veille, de s’informer, progresser, de garder le contact avec la réalité du terrain pour la transposer dans sa propre activité
  • l’agilité intellectuelle qui vous pousse dans un cercle vertueux
  • un excellent retour sur investissement en termes de connaissances

J’oubliais : la jouissance à se dire : « yes ! le client me demande autre chose, le client est content, le client revient ». Et puis en écho le plaisir de voir le compte en banque crédité de la somme négociée avec le client. Concrètement, une corrélation très étroite entre la qualité de votre travail et sa rémunération, aucun brouillage, un lien de cause à effet sans discussion possible. Le chemin est tout court, pas d’intermédiaire qui se sert au passage.

Et en même temps :

  • difficile d’avoir un weekend à soi car il y a toujours le client qui vous a commandé une mission à faire pour la veille et que vous ne voulez pas décevoir
  • difficile d’avoir la quiétude d’esprit car votre agenda est très chargé et il faut pourtant du temps pour terminer la session de formation commencée et dont vous voyez l’échéance s’approcher irrémédiablement, difficile de dégager du temps indispensable pour se ressourcer auprès de ses pairs, réseauter, assister à des conférences, voir du monde …
  • difficile de prioriser, compte tenu de tout ce qui précède. Personne ne décide à votre place mais vous devez prendre la décision la plus pertinente, ce qui est par ailleurs tout relatif en fonction de l’époque, des circonstances, des nécessités économiques, d’un collègue qu’on souhaite aider … On procède par itérations successives. Je ne suis pas sûre que ça soit une prérogative réservée à l’entrepreneur de soi ; les cadres des grandes entreprises se plaignent d’un manque d’autonomie dû à un manque de temps pour prendre la meilleure décision
  • inquiétude constante de « demain » : pas de protection perte d’emploi, pas de compensation monétaire en cas de maladie, pas ce certitude quant à la retraite avec ce qui se dit sur le RSI en ce moment
  • risque de se faire piquer des idées, en particulier quand vous intervenez en tant qu’enseignant/formateur. Quel recours par rapport à votre commettant ?
  • impératif (je l’ai vécu) de « tenir » avec une grippe et 39°C de fièvre sans pouvoir faire semblant, parce qu’en face vous avez un client qui vous a acheté une formation et que vous devez l’assurer. Coûte que coûte alors que votre place est dans votre lit.
  • impératif de fournir une énergie et une concentration inépuisables. Avec le sourire (dans une formation sur les RPS je parle de « conflits de valeurs »). Avoir la pêche.

Alors, repartir en entreprise ? Redevenir salarié ? Quel intérêt ?

  • protection sociale (retraite ? J’ai 54 ans) ; oui pour la maladie dans une certaine mesure. Ou le gros pépin auquel tout le monde pense … pour les autres
  • possibilité de faire une journée « en faisant semblant » ; quand on a un peu d’amour-propre ce n’est pas tellement satisfaisant
  • avantages divers inégaux en fonction des secteurs : tickets restau, mutuelle, prévoyance, assurance RC, tout ce que le freelance doit financer lui même (ce qui justifie des honoraires plus élevés, quoique)
  • accès (de moins en moins) à de la formation présentielle plutôt que d’aller au-devant de la formation de façon proactive et souvent virtuelle ; formation sur étagères peut être mais tellement moins consommatrice d’énergie
  • Reconnaissance sociale : « vous en êtes », surtout si vous intégrez une entreprise « connue » (pas forcément pour les bonnes raisons).

Alors, que faire ? Répondre aux sirènes de l’amour-propre en se disant « j’ai été chassée, ouah, j’y vais » ? Rester en libéral, entreprise avec son lot de solitude, de doute mais permettant chaque matin de se dire : ce que j’ai gagné je le dois à ma compétence, ma relation personnelle client, ma personnalité, ma différence … Et à moi-même uniquement.

Qu’est-ce qui fait qu’un freelance reste freelance ? Par choix ? Et donc quelqu’un qui retourne en entreprise donnerait-il par là l’aveu que son activité freelance, loin d’être un choix l’a été par défaut ? Est-ce si simple ?

Je suis aujourd’hui face à un choix ; et j’ai du mal à trancher. Si : mon fils a eu un sourire jusqu’aux oreilles quand je lui ai dit que j’étais en bonne voie pour un CDI. Mais décide-t-on de son avenir pour rassurer son fils ?

La question, en ce qui me concerne, reste entière

Tribulations d’un consultant formateur en France …

Photo : Patrick Drouin

Photo : Patrick Drouin

 

Tous les consultants formateurs indépendants le savent : suite à la réforme du 6 mars 2014, les organismes de formation ont perdu beaucoup de contrats ; entreprises attentistes, incompréhension et inadaptation du CPF, manque de lisibilité sur l’action exacte du CEP …

Beaucoup d’organisations n’y comprennent rien. Les salariés, chômeurs, jeunes, séniors, apprentis … ne voient pas l’intérêt, s’en fichent, n’en font pas une priorité. Combien se sont inscrits sur http://www.moncompteformation.gouv.fr ?

Plusieurs de mes confrères et en particulier par la voix du SYCFI (Syndicat des Consultants Formateurs Indépendants) ont dénoncé le problème en haut lieu. Plusieurs gros centres de formation ont été pointés du doigt pour avoir baissé d’autorité de 30% les honoraires de leurs formateurs et certains petits organismes ont d’ores et déjà mis la clé sous la porte.

Dans un contexte de 3,5 millions de chômeurs, voilà une mesure pour le moins … radicale.

Je ne vais pas ajouter au débat. Simplement vous raconter quelques anecdotes qui illustrent à quel point la situation est tendue et combien les consultants formateurs sont fragilisés par leur statut ou plutôt leur manque de statut. Je vous laisse deviner, parmi les diverses situations, celle à laquelle j’ai personnellement été confrontée.

En effet, au-delà de ce changement radical de paradigme en termes de formation, on peut dire que les organismes de formation eux-mêmes auraient des progrès à faire en matière d’étiquette et de rigueur.

Situation n° 1 :
Un OF demande à une consultante de bloquer 6 journées en juillet. Ce qu’elle fait volontiers, chiffre d’affaire en jeu de 3 600 euros. Entre-temps elle refuse un certain nombre de missions car la parole donnée prime lorsque l’on est professionnel. 3 semaines avant la date des sessions, son correspondant l’appelle pour lui dire que les journées sont annulées faute d’un nombre suffisant de stagiaires. Il s’agit d’un organisme qui paie bien et ouvre ses stages dès qu’il y a 2 inscrits, donc qui n’hésite pas à travailler à perte. On voit bien que désormais l’effort de formation du côté des organisations s’effrite. Aucun dédommagement n’est prévu pour le formateur. Certes l’organisme de formation a un manque à gagner mais côté consultant, c’est un peu David contre Goliath.

Situation n° 2 :
Un consultant reçoit en avril une grille avec des intitulés de modules et des dates sur lesquels il est invité à se positionner. Mon confrère inscrit les dates sur lesquelles il peut intervenir. En prenant soin de demander au courtier (car ce n’est pas l’organisme en direct qui a fait la demande) de lui confirmer si oui ou non il doit considérer ces dates comme fermes.
Ne voyant pas de réponse venir, le consultant accepte d’autres missions sur la première série de dates prévues. Lorsque le courtier revient vers lui en lui confirmant que la première session, prévue pour octobre, est ouverte, mon confrère s’est engagé ailleurs, en l’absence de confirmation formelle. Le courtier lui reproche son manque de sérieux ; or l’organisme de formation, de son côté, ouvre la session uniquement quand il détient un quota d’inscrits. Pas de scrupule, dans le cas contraire, à dire au consultant « désolé, pas assez de monde ». Que doit faire le consultant ? Bloquer des dates qui restent aléatoires ? Au risque de perdre des commandes plus certaines ? Pourquoi serait-il la variable d’ajustement et pourquoi cela n’irait-il que dans un sens ?

Situation n° 3 :
Une formatrice s’engage sur une vingtaine de journées dans une école. Elle ne signe rien mais prend un engagement formel et elle est très rigoureuse. De son côté l’école ne donne aucune autre garantie qu’orale et lui signifie que la commande sera ferme le jour où il y aura suffisamment d’inscrits.
Entre-temps, la formatrice apprend que son fils développe un problème de santé préoccupant qui l’oblige à repenser son emploi du temps et l’environnement dans lequel elle souhaite voir vivre son fils, en l’occurrence en province, à la campagne, et à proximité de son père ; elle décide de se tenir éloignée quelque temps de la région parisienne pour s’occuper de son fils et lui offrir toutes les chances d’aller mieux.
Ennuyée malgré la situation personnelle compliquée qu’elle traverse, alors que les sessions ne commencent qu’en novembre, un peu de temps pour se retourner quand même, elle envoie à sa correspondante de l’école l’email suivant :

« Madame, de très gros soucis personnels me tiennent éloignée de Paris pour 6 mois au moins. En conséquence, il ne me sera pas possible d’assurer les cours que vous m’aviez proposés. J’ai pensé faire des allers-retours afin de les assurer quand même, mais la distance, 800 km, et le coût, rendent cette option irréaliste. Je suis désolée, mais croyez bien que je me serais passée des soucis qui me retiennent à R. Bien cordialement. »
Réponse de la responsable pédagogique :
« Rien que ça, chère Madame ? ».

Oui, voilà aussi une facette de la vie de consultant formateur. Que peut-on y faire ? Pas grand-chose. A un bout, trouver ses propres clients est chronophage, pas toujours à la portée du consultant employeur de soi, à l’autre bout nombre d’organismes de formation, et ceci est encore plus vrai s’ils passent par des courtiers, considèrent les consultants indépendants comme des variables d’ajustement, sans état d’âme, car ils ne sont pas salariés. En revanche, un consultant qui  se désiste, pour des raisons parfaitement légitimes puisque former est son gagne-pain, est rayé des cadres.

Brèves de cours …

Vous le savez sans doute, j’enseigne en bac+4 et bac+5 en RH, en management et autres petites choses, dans diverses écoles spécialisées sur la place de Paris à de jeunes alternants.

Je me rends compte que je vieillis à la lumière du vocabulaire que j’utilise et qui n’est pas toujours compris. Quelques exemples :

– les vendanges (que j’ai retrouvées sous forme de « vidange » dans une copie)
– infinitésimal (oui, en même temps, faut pas trop pousser non plus)
– canevas (« ah, Madame, vous voulez dire une trame »)
– aléatoire (je parlais de rémunération et en particulier du variable collectif de type participation et intéressement)

Je constate, aussi, que lorsque je demande une définition, on me répond systématiquement par un exemple. Ainsi, si je m’enquiers de ce que veut dire « avantages en nature » on me répond « véhicule de fonction » ou, pire encore, « tickets restaurant ».

J’ai appris qu’une règle de trois s’appelle désormais un produit en croix. Ce n’est pas pour autant que tout le monde sache en faire une (un). Je suis en train d’apprendre une autre langue mais surtout je me rends compte que la langue s’appauvrit.

Que faut-il faire ? Continuer à manipuler des concepts (tout juste) au risque d’être incomprise ? Ou accepter de niveler par le bas ? Trop rester dans un choix de mots précis mais le plus pertinent possible entraîne systématiquement le désintérêt d’un bon tiers de mes élèves, ils décrochent. Deux sur trois ont un ordinateur, une tablette ou un smartphone, la tentation est donc grande de se détourner de ce que je peux dire en classe.

J’espère qu’ils savent ce que c’est qu’une orchidée …

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Ce qui marche : dire « attention, ça pourrait tomber au partiel ». Est-ce ainsi que l’on motive les professionnels de demain ?

Un seul mot peut détruire …

Je serais bien embarrassée si vous me demandiez qui a écrit cette phrase, relevée dans l’un des nombreux bouquins lus ces dernières années sur la souffrance en général, au travail en particulier.

N’empêche.

Si un seul mot peut détruire, que pourrait-on faire, demandais-je il n’y a pas si longtemps à un groupe d’étudiants, pour empêcher, à son propre niveau la souffrance au travail ? Pour que rien ne puisse détruire ?

Quand on est une petite fourmi, un simple rouage d’une grande machine, quand on n’est pas aux commandes, que peut-on faire, en effet ? Peut-on faire quelque chose ?

On peut faire quelque chose. Je l’ai appris d’une toute jeune fille, 20 ans à peine, qui me fit cette réponse formidable que je n’oublierai pas :

« prendre soin de l’autre ».

Mais bien sûr. Ca commence par cela. Les générations futures ont tout compris.

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